De l'idée au prototype : où on en est des Vêtements Canithermo ?
Créer un vêtement thermique pour chien, ce n'est pas juste dessiner une coupe, trouver un tissu et déposer un brevet.
C'est un processus long, exigeant, où chaque étape conditionne la suivante. Et quand une étape se bloque, c'est toute la chaîne qui attend...
Et moi en ce moment ... j'attends. Beaucoup.
Commençons par le commencement ! Déjà, comment on en vient à inventer quelque chose ?
Du dessin au patron
Tout commence par un manque.
Un sentiment d'impuissance.
Puis viens l'Idée. Un peu comme une évidence. On se sent limite bête de ne pas y avoir pensé avant et on vérifie frénétiquement dans tous les recoins d'internet si ça existe où pas du tout (souvent ça existe, mais parfois, comme dans mon cas, on a de la chance !).
De cette idée découle l' Observation. On observe la façon dont un chien bouge, dont il se couche, dont il se lève. On note les zones qui semblent faire plus souffrir que d'autres. On remarque les contraintes que le corps impose et que le vêtement ne doit surtout pas aggraver. Puis on cherche, on lit, on regarde les publications médicales qui existent sur l'arthrose, sur les pathologies articulaires et orthopédiques, sur les inflammations de croissance, sur les solutions existantes, sur les chiens en général. On entrecroise les informations avec son cursus professionnel d'infirmière (bon, ça, c'est pas obligatoire. Mais moi ça m'a beaucoup aidé. Les formations diverses et variées comme l'herboristerie aussi d'ailleurs), avec ce qui existe déjà chez les humains et on farfouille aussi vers le monde équin.
De toutes ces heures d'observations naissent des dessins (effectués à l'aide des connaissances acquises... ou presque). Sur de nombreux papiers volants gisent des formes, des proportions, des placements d'attaches. Puis des patrons qui nous donnent des prototypes.
Alors là, je vous ai donné la version " classe " et officielle.
En réalité c'était plutôt : demander de l'aide à un couturier, se rendre compte que ça n'allait pas du tout, que ça ne tenait pas sur le chien et qu'au moindre mouvement c'était par terre. Foncer chez ses parents, se demander comment on va faire. Paniquer. Un peu, beaucoup. Et faire ce qu'on sait faire de mieux en définitive : improviser.
Prendre en otage tous les vieux draps qu'on peut récolter.
Prendre en otage tous les chiens qu'on peut trouver à la ferme.
Prendre en otage tous les membres de la famille volontaires pour tenir et occuper les chiens.
Assembler des morceaux de draps découpés sur tous les chiens pris précédemment en otage.
Grâce à leur patience et coopération sans failles (ou presque), ces draps ont pu être transformés en patrons, puis ces patrons en prototypes.
Les premiers prototypes sont bien évidemment cousus à la main (tant bien que mal, à l'aide de mes connaissances), testés sur des chiens réels pour vérifier que la théorie tient face à l'idée.
Les assemblages de tissus eux sont testés sur moi. Sur mes articulations directement, avec des thermomètres sondes pour être sure de la distribution de chaleur. Pour avoir testé le thermomètre de cuisine aussi, sachez que ce n'était pas concluant du tout.
C'est ce travail que j'ai mené, prototype après prototype, échec après échec, passant de crises de larmes à crises de fou rires devant les comportements improbables de certains chiens (ou des miens) avant de pouvoir passer à l'étape suivante.
L'industrialisation : transformer l'artisanal en reproductible
Il faut savoir qu'un patron artisanal et un patron industriel, ce n'est vraiment pas la même chose.
L'usine avec laquelle Canithermo travaille, au Portugal, va récupérer les patrons et prototypes pour les transformer en patrons industriels. C'est-à-dire des fichiers techniques précis, reproductibles à l'identique, taille après taille.
Ce travail permet ensuite de produire un modèle par taille, pour vérifier que les formes tiennent, que les attaches sont bien positionnées et que tout est fonctionnel.
C'est une étape critique ! On ne lance pas une production sans avoir validé chaque taille sur un vrai corps !
Tout ceci va nous mener à la suite.
Les pré-séries : tester pour de vrai
Une fois ces modèles validés, on passe aux pré-séries. Une petite production réelle, avec les matières définitives, les finitions définitives, les fermetures définitives, les étiquettes et tout le reste.
C'est là que tout se confronte à la réalité.
Je passe d'un prototype cousu à la main dans le salon de mes parents à un vêtement tel qu'il sera entre les mains d'un propriétaire, sur le dos d'un chien, dans la vraie vie.
Ces pré-séries seront ensuite engagées dans un protocole de test encadré par une équipe vétérinaire.
Trente jours, sur des chiens réels, avec un suivi rigoureux.
L'objectif est de prouver scientifiquement et de chiffrer ce que les premiers tests m'ont déjà permis d'observer.
Parce qu'une conviction personnelle, aussi solide soit-elle, ne remplace pas une donnée scientifique.
Et aujourd'hui ? Où on en est ?
Et bien ...
Aujourd'hui ...
Je suis bloquée.
J'ai bien refait les patrons au propre
J'ai bien déposé le brevet à l'aide de mon avocat en propriété intellectuelle (heureusement qu'il était la, c'est tellement tortueux comme affaire ça aussi !)
Mes patrons et prototypes ont bien été envoyés à l'usine il y a un mois.
Sauf que ... Mondial Relay les a égarés.
Un mois de recherches, de relances, sans résolution aucune.
Un colis perdu quelque part dans la chaîne logistique, et avec lui, un mois de retard sur un calendrier que j'ai construit étape par étape.
Ce n'est pas un drame. C'est chiant (pardonnez mon langage) mais c'est la vie.
C'est une contrainte réelle, comme il en existe dans tout processus de création industrielle.
Je la documente ici parce que Canithermo, c'est aussi ça : montrer le chemin tel qu'il est, pas tel qu'on aurait préféré qu'il soit...
La chaîne reprendra. Les patrons seront recréés si nécessaire (j'espère encore ne pas en avoir besoin). Les pré-séries arriveront.
Ce projet, c'est toute ma vie.
Avant même d'être une marque, avant même d'être des produits, Canithermo c'est une promesse.
Celle que j'ai faite à Fidji sans pouvoir lui dire.
Celle que je fais maintenant à tous les chiens qui méritent mieux que ce qui existe.
Je ne lâcherai pas.
Dans le prochain épisode je raconterais comment se passe la recherche et la création de tissus.
1 commentaire
Bravo ma fille pour ta persévérance,ta pugnacité ,tes idées,la tenue de la promesse faite à Fidji et le lancement de ta start up..