Trouver le bon tissu quand on crée un produit textile : un petit goût de parcours du combattant ...
Quand on lance une gamme de vêtements thermiques pour chiens, on imagine assez vite les principales difficultés : concevoir le produit, trouver un fabricant, comprendre les contraintes réglementaires, structurer la marque (sachant que de base on est dans le soin humain, donc même si le domaine reste la santé, le reste est quand même assez différent).
Et ... c'est vrai.
Mais avant même d’en arriver là, il existe une étape beaucoup plus discrète, beaucoup moins visible, et pourtant (oh combien) déterminante : trouver la bonne matière.
Pas “un tissu qui ressemble à peu près”.
Pas “une matière jolie”.
Une matière réellement compatible avec l’usage prévu, avec le corps du chien, avec ses mouvements, son confort, son entretien et la durabilité attendue du produit.
Et là, très vite, on découvre que le sourcing textile est un métier à part entière... Et que c'est pas du tout quelque chose d'innée chez moi.
Le sourcing de tissu, un "sport" à part entière
Avant de penser production, il faut identifier les bons matériaux.
Pour un vêtement thermique destiné à un chien (où j'imagine, à n'importe quel animal), les contraintes sont nombreuses : la matière doit être technique, stable, lavable, résistante, confortable au contact du pelage et de la peau, suffisamment souple pour suivre les mouvements, mais assez structurée pour remplir sa fonction.
Il faut aussi conscientiser le fait que le tissu va être en contact avec la fourrure et donc ipso facto plein de poils.
Sauf que les gens n'aiment pas trop que les tissus soient plein de poils... Donc il faut trouver une matière qui retienne le minimum de poils possibles tout en acceptant le fait que de toute façon ça va finir plein de poils... Ce qui fait un ensemble étonnant de poils à prendre en considérations alors qu'on a même pas encore commencé a toucher au chien !
La matière doit aussi pouvoir être assemblée correctement : il faut réfléchir ...
Coutures or not coutures (telle fut la question), thermocollage, lamination, découpe, finitions, compatibilité avec les systèmes de fermeture… Rien n’est anodin et tout peut partir en vrille à un moment donné.
Ce n’est donc pas une recherche de tissu qu'on peut qualifier de "classique". C'est un tissu qui est pensé et doit être créer complètement de A à Z.
Lors du déroulement de ce texte j'entrecouperai la théorie avec des anecdotes personnelle.
Le "sourcing" commence souvent par une longue phase de prospection : catalogues de fournisseurs, salons professionnels, plateformes spécialisées, recommandations, échanges directs avec des fabricants ou distributeurs.
Ensuite vient le "vrai" travail : formuler précisément ce que l’on cherche.
Il faut décrire la composition attendue, l’épaisseur, le grammage, la souplesse, le toucher, la résistance, la respirabilité, la finition extérieure, la doublure intérieure, la compatibilité avec les fermetures, les contraintes de lavage, les certifications souhaitées.
Autrement dit : il faut déjà savoir ce que l’on veut, alors même que tout est flou et qu'on est encore en train de le découvrir soi-même...
Et même quand on arrive à se constituer un genre de cahier des charges, il y a toujours un écart entre la théorie, la fiche technique et la réalité du tissu une fois entre les mains.
Les échantillons : l’étape qui ne ressemble jamais à ce qu’on imagine
Une fois les fournisseurs identifiés, le dialogue installé, les photos envoyées, vient la phase des échantillons.
Sur le papier, c’est simple : on demande un coupon (où plusieurs dans mon cas), un nuancier, on le reçoit, on le teste.
Dans la réalité, c’est souvent beaucoup plus long, beaucoup plus flou et beaucoup plus coûteux que prévu.
Certains échantillons sont gratuits, d’autres payants. Certains fournisseurs envoient rapidement des coupons standards. D’autres doivent préparer une matière spécifique, laminer plusieurs couches, tester une perforation, ajuster une épaisseur ou proposer une finition particulière (évidemment moi, c'est ça. Pas les coupons standards !).
J'ai eu de la chance, moi, je n'ai eu à payer que les frais de port (enfin ça c'était l'idée de départ...)
Il faut aussi prendre en compte que les délais varient fortement selon la matière, la disponibilité, le niveau de personnalisation demandé et le transport choisi.
Et surtout, chaque échantillon reçu n’est pas forcément exploitable !!! (ça aussi c'est la petite surprise lorsqu'on ouvre l'enveloppe)
- Une matière peut être parfaite sur fiche technique, mais trop rigide en situation réelle.
- Une autre peut sembler respirante, mais perdre trop de chaleur.
- Une finition extérieure peut être compatible avec un système auto-agrippant, mais accrocher les poils.
- Une doublure peut être douce au toucher humain, mais inadaptée à un port prolongé sur animal.
C’est exactement pour cela que les échantillons sont indispensables.
Mais ce que l’on découvre vite, c’est qu’ils ont un coût caché.
L’arrivée du colis puis la mauvaise surprise dans l’enveloppe qui suit
Le colis arrive.
Dedans : quelques centimètres de matière (format A4, pas plus !), destinés à être testés, manipulés, comparés.
Et plusieurs jours plus tard : une petite enveloppe de Fedex qui contient une magnifique facture de frais de dédouanement.
C’est là que la réalité logistique rattrape la création produit.
Lorsqu’un colis arrive depuis un pays situé hors Union européenne, le transporteur peut avancer les droits et taxes auprès de la douane pour le compte du destinataire. Il refacture ensuite ces montants, en y ajoutant ses propres frais de dossier ou frais de débours.
"Alors", me direz-vous (et pas forcément aussi gentiment que ça), "c'est bien fait pour toi, tu n'as qu'a commander en Europe" !
A cela je ne répondrait que fabriquer en Europe n’est pas automatiquement plus vertueux si la solution ne répond pas au cahier des charges. On peut bien sûr ouvrir le débat sur l’origine des choses.
Mais dans ce cas il faut l’ouvrir honnêtement pour tous les produits de notre quotidien : nos téléphones, ordinateurs, vêtements, voitures et tout et tout…
Pour Canithermo, j'ai choisi de raisonner d’abord en terme de cahier des charges, sécurité, tests et certifications, plutôt qu’en raccourci géographique (en ce qui concerne la création du tissu). Le reste est au plus local et européen possible.
Revenons en à nos enveloppes Fedex
Il faut distinguer deux choses.
D’abord, les taxes légales.
La TVA à l’importation peut s’appliquer dès le premier euro.
Les droits de douane, eux, dépendent notamment de la nature du produit et de sa valeur déclarée. Pour un petit échantillon textile de faible valeur, le montant réel dû à l’État peut donc être très faible, parfois symbolique.
Ensuite, les frais de dossier du transporteur.
C’est souvent là que le coût devient disproportionné.
Le transporteur facture le service de dédouanement qu’il a réalisé pour le destinataire. Ces frais ne sont pas des droits de douane. Ce ne sont pas des taxes reversées à l’État. Ce sont des frais facturés par le transporteur pour sa prestation administrative.
Et c’est précisément ce qui crée l’incompréhension.
On peut recevoir un échantillon dont la valeur déclarée est minime, avec une TVA réelle très faible, (dans mon cas les échantillons étaient gratuits) et se retrouver malgré tout avec une facture de 15, 20 euros ou plus, simplement parce que le colis a nécessité une procédure de dédouanement (oui ! oui ! ils vous font payer 12 euros de " frais de dossier".)
Pour une grande entreprise, ce type de frais passe dans une ligne comptable.
Pour une petite marque en développement, qui teste plusieurs matières, plusieurs épaisseurs, plusieurs finitions et plusieurs fournisseurs, ces montants s’additionnent très vite. Très, très vite même. Trop !
La réalité du sourcing pour une petite marque
Le sourcing de matières premières n’est donc pas seulement une question de qualité ou de prix au mètre.
C’est aussi une question de logistique, de délais, de frais annexes, de compréhension douanière, de communication avec les fournisseurs et de capacité à absorber des coûts qui n’étaient pas forcément visibles au départ.
Quand on crée un produit physique, chaque choix matière entraîne une chaîne de conséquences.
Tester une doublure différente, c’est parfois demander un nouvel échantillon.
Comparer une version perforée et une version non perforée, c’est parfois payer deux préparations.
Changer une épaisseur, c’est recommencer les essais.
Recevoir un colis séparé, c’est savoir qu'on va recevoir une nouvelle petite enveloppe de Fedex !
Et pourtant, ces tests sont indispensables.
Parce qu’un vêtement thermique pour chien ne peut pas être conçu uniquement sur théories. Il doit être manipulé, plié, porté, observé. Il faut vérifier la chaleur, la souplesse, la respirabilité, la tenue, l’effet sur le pelage, le confort dans les zones de flexion, la tolérance à un port prolongé.
C’est cette phase invisible qui permet d’éviter de produire un équipement inconfortable, trop rigide, trop chaud, pas assez respirant ou mal adapté à l’animal.
Elle est longue.
Elle coûte de l’argent.
Elle oblige à recommencer.
Mais elle fait partie du sérieux du développement.
Ce que l’on peut faire (en pratique)
Il existe quelques moyens de limiter les mauvaises surprises. Evidemment ça, on s'en rends compte après...
Regrouper les demandes d’échantillons.
Mieux vaut éviter, quand c’est possible, de multiplier les petits colis séparés. Regrouper plusieurs coupons dans un seul envoi permet parfois de réduire les coûts logistiques et les frais annexes.
Demander clairement les conditions d’expédition avant l’envoi.
Avant qu’un fournisseur expédie un échantillon, il faut vérifier qui prend en charge le transport, les éventuels droits et taxes, et les frais de dédouanement. Ces détails paraissent secondaires, mais ils peuvent changer le coût réel de l’échantillon.
Privilégier les fournisseurs européens quand c’est pertinent.
Les échanges intra-UE évitent les frais de dédouanement à l’importation. Pour certaines matières, c’est une solution intéressante. Mais pour des textiles techniques très spécifiques, il n’est pas toujours possible de trouver immédiatement l’équivalent exact en Europe.
Demander une valeur déclarée cohérente.
Un échantillon doit être déclaré correctement, mais sa valeur doit rester cohérente avec sa réalité commerciale. Un coupon destiné à test ne doit pas être survalorisé artificiellement, au risque d’augmenter inutilement les taxes.
Contester ce qui paraît disproportionné.
Il est possible de reconnaître les taxes réellement dues tout en contestant des frais de dossier jugés excessifs ou insuffisamment explicités. Ce n’est pas toujours gagné, mais cela permet au moins de demander le détail précis de la facture.
Derrière un produit, il y a tout ce qu’on ne voit pas
Créer un produit physique, ce n’est pas seulement avoir une idée.
C’est accepter une succession d’essais, d’erreurs, de frais imprévus, de colis minuscules qui coûtent trop cher, de fiches techniques à relire, d’échantillons à comparer, de fournisseurs à relancer, de choix à arbitrer.
C’est parfois payer presque autant de logistique que de matière.
C’est recevoir un tissu prometteur, puis découvrir qu’il accroche trop les poils.
C’est tester une épaisseur, puis comprendre qu’elle chauffe bien mais gêne la flexion.
C’est penser avoir trouvé la bonne solution, puis devoir la modifier parce que le confort réel ne suit pas.
Ce n’est pas spectaculaire et surement pas très vendeur.
Mais c’est exactement là que se joue la qualité finale d’un produit.
Chez Canithermo, cette étape fait pleinement partie du développement. Chaque vêtement doit être pensé pour le vivant, testé dans des conditions réelles, et ajusté jusqu’à trouver le bon équilibre entre chaleur, confort, mobilité et sécurité.
En plus, quand j'écris cet article, je suis persuadée d'avoir trouvé le bon tissu...
Dans le prochain épisode je vous raconterai l'épopée fantastique qu'est de tester des échantillons sur un chien et d'avoir la confirmation que la recherche du Tissu Parfait n'est pas terminée ...!
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