Santé | Bouledogue Français : sélection délétère et locomotion

Santé | Bouledogue Français : sélection délétère et locomotion

Bouledogue Français : sélection délétère et locomotion 

Sources : PubMed · Journal of Veterinary Internal Medicine · Veterinary Record · Journal of the AVMA 

 

Le Bouledogue Français est depuis plusieurs années la race la plus enregistrée en France et dans plusieurs pays européens.

Son succès commercial est incontestable mais s a fragilité médicale l'est tout autant...

Parmi les pathologies qui les concernent, les problèmes locomoteurs et vertébraux sont parmi les moins médiatisés. Paradoxalement, ce sont parmi les mieux documentés scientifiquement. 

Cet article traite exclusivement de l'aspect locomoteur et vertébral. Il ne couvre pas les pathologies respiratoires (syndrome brachycéphale) ni oculaires (qui feront l'objet d'autres articles.)

Il vise à donner aux acheteurs, propriétaires et professionnels du chien une image honnête de ce que la sélection morphologique extrême (créée par l'homme) implique pour la locomotion de cette race. 

 

 93,5 % 

des Bouledogues Français neurologiquement normaux présentent au moins une hémi vertèbre à l'imagerie thoracique 

Ryan et al., Journal of Veterinary Internal Medicine, 2017 : 62 Bouledogues English 

 

 

Les malformations vertébrales : une réalité quasi universelle 

La morphologie de la queue "en tire-bouchon" du Bouledogue Français est liée à une variante du gène DISHEVELED 2 (DVL2), impliquée dans les malformations congénitales des vertèbres caudales. 

Cette même variante est également associée, avec une pénétrance variable selon les races, à des malformations vertébrales thoraciques (notamment des hémi vertèbres pouvant contribuer à une cyphose ou une scoliose du rachis.) 

La cyphose 

C'est une courbure de la colonne vertébrale qui donne une apparence arrondie, voûtée ou en forme de bosse

La scoliose 

C'est une déformation permanente de la colonne vertébrale (ou rachis) dans les trois plans de l'espace (de face, de profil et en transversal). Cette déviation du rachis est liée à une rotation des vertèbres les unes par rapport aux autres.

 

Mansour et coll. ( 2018, PLOS Genetics ) ont identifié cette variante DVL2 par séquençage du génome entier de 100 chiens. 

Elle est fixée à 100 % chez le Bouledogue Anglais et le Bouledogue Français, et présente à 94 % chez le Boston Terrier.

L'étude de Ryan et al. ( 2017, Journal of Veterinary Internal Medicine ) a évalué 62 Bouledogues Français neurologiquement normaux par scanner thoracique.

Résultat : 93,5 % présentaient au moins une hémi vertèbre (sans aucun signe clinique). C'est l'une des prévalences les plus élevées jamais documentées pour une malformation congénitale dans une race canine !

La revue récente de De Decker et al. (2024, PubMed 38458418) rappelle que si la plupart de ces malformations restent asymptomatiques, certaines configurations (en particulier lorsqu'une hémivertèbre s'accompagne d'une cyphose marquée) peuvent être associées à des signes neurologiques. Elle insiste surtout sur le fait que l'interprétation clinique dépend du type de malformation, de sa sévérité et du contexte clinique. 

 

Nuance importante 

La présence d'hémi vertèbres ne signifie pas que le chien souffre. 

La grande majorité des Bouledogues avec ces malformations vivent normalement. Le problème est que ces anomalies peuvent décompenser à l'occasion d'une hernie discale adjacente, d'un traumatisme ou simplement avec le vieillissement.

Ce qui transforme une découverte fortuite en urgence neurologique. 

 

 

La hernie discale : un risque spécifique à cette race 

En raison de sa morphologie chondrodystrophique (présence du rétrogène FGF4), le Bouledogue Français partage avec le Teckel une prédisposition à la hernie discale de type Hansen I (dégénérescence précoce et calcification des disques intervertébraux). 

Le Dog Aging Project (Wee & Nin, JAVMA, 2025), sur 43 517 chiens américains, identifie le Bouledogue Français comme la race avec les ratios les plus élevés pour cette maladie, même après ajustement pour les autres facteurs de risque.

C'est plus élevé que chez le Teckel en analyse ajustée, même si le Teckel reste la race avec la prévalence vie entière la plus élevée dans cette cohorte. 

L'étude d'Aikawa et al. (2014, Veterinary Surgery) a comparé directement les hernies discales thoraco lombaires chez le Bouledogue Français et le Teckel : les Bouledogues étaient significativement plus jeunes au moment du traitement chirurgical que les Teckels, ce qui renforce l'idée d'une atteinte souvent précoce dans la race.

 

 

La luxation de rotule : un risque articulaire supplémentaire 

La luxation de rotule est également bien documentée chez le Bouledogue Français. L'étude épidémiologique de O'Neill et al. (2016, PMC4898461) sur 210 824 chiens en clientèle primaire anglaise identifie le Bouledogue Français parmi les 4 races avec le risque le plus élevé de luxation de rotule, aux côtés du Spitz nain, du Chihuahua et du Yorkshire. 

Sa morphologie particulière (morphologie large, membres relativement courts, angulations atypiques) crée des conditions mécaniques favorables à une luxation de rotule.


 

Ce que vous pouvez faire concrètement 

Avant l'achat : exiger une imagerie de la colonne vertébrale (radiographies ou scanner) des deux parents (certains éleveurs sérieux la fournissent). 

Maintenir le poids dans les limites recommandées : chaque kilo supplémentaire aggrave les contraintes mécaniques sur une colonne déjà malformée et des genoux déjà fragiles.

Éviter les sauts répétés et les surfaces glissantes : les chocs axiaux sur une colonne malformée peuvent précipiter une décompensation vertébrale. 

Surveillance neurologique régulière : tout changement dans la démarche, toute faiblesse des postérieurs, tout refus d'activité habituelle mérite une consultation rapide. 

Ne pas minimiser une boiterie intermittente du postérieur : chez un Bouledogue Français, elle peut signaler une luxation de rotule ou une hernie discale débutante. 

 

 

 

Important à retenir 

Le Bouledogue Français peut vivre une longue vie de qualité. 

Il faut par contre prendre en compte que ses fragilités locomotrices sont structurelles (inscrites dans sa morphologie sélectionnée).

Elles ne se développent pas parce que le chien a eu un accident : elles sont là dès la naissance, et la question est de savoir si et quand elles se manifesteront cliniquement.

 

 

Vous avez un Bouledogue Français ? 

Votre expérience sur la gestion d'une hernie discale, d'une luxation de rotule ou d'une malformation vertébrale peut aider d'autres propriétaires à anticiper et à mieux prendre soin de leur chien.

Écrivez-nous !

contact@canithermo.com

 

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Sources 

  1. Ryan R. et al. (2017). Prévalence des malformations vertébrales thoraciques chez les bouledogues français, les carlins et les bouledogues anglais, avec ou sans déficits neurologiques associés. Journal of Veterinary Internal Medicine. PubMed 28283076 
  2. De Decker S. et al. (2024). Malformations vertébrales et spinales chez les petites races de chiens brachycéphales : connaissances actuelles et questions en suspens. Veterinary Journal. PubMed 38458418 
  3. Wee C., Nin DZ (2025). Les caractéristiques démographiques et liées au mode de vie influencent la prévalence à vie de la hernie discale intervertébrale (IVDD) déclarée par les propriétaires : 43 517 chiens de compagnie aux États-Unis. Journal of the AVMA, 263(5). PubMed 39813820 
  4. O'Neill DG et al. (2016). Épidémiologie de la luxation rotulienne chez les chiens suivis en médecine vétérinaire générale en Angleterre. Canine Genetics and Epidemiology. PMC4898461 / PubMed 27280025 
  5. Aikawa T. et al. (2014). Comparaison de l'extrusion discale thoraco-lombaire chez le bouledogue français et le teckel et son association avec des anomalies vertébrales congénitales. Veterinary Surgery, 43(3) : 301–307. PubMed 24433331
  6. Mansour TA et al. (2018). Une étude d'association de variants génomiques chez 100 chiens a identifié une mutation par décalage du cadre de lecture dans le gène DISHEVELLED 2, contribuant au syndrome de Robinow chez les bouledogues et les races de chiens apparentées à queue en tire-bouchon. PLOS Genetics, 14(12) : e1007850. PubMed 30521570 

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