Santé | Cocker Anglais : otites chroniques, douleurs musculo-squelettiques et fissure condylaire humérale

Santé | Cocker Anglais : otites chroniques, douleurs musculo-squelettiques et fissure condylaire humérale


 

Cocker Anglais : otites chroniques, douleurs musculo-squelettiques et fissure condylaire humérale

 

Sources : PubMed · VetCompass RVC · BMC Veterinary Research · Veterinary Radiology & Ultrasound

Star : Snoopy

 


Le Cocker Anglais est souvent décrit comme une race de santé robuste.

Cette réputation n'est pas entièrement fausse : la race présente notamment un risque réduit d'arthrose et de dermatite atopique par rapport à la moyenne.

Mais la littérature vétérinaire documente en parallèle des prédispositions spécifiques qui méritent d'être connues : otites à répétition, douleur musculo-squelettique nettement surreprésentée, et une pathologie spécifique du coude.


Portrait de la race

Caractéristique

Données

Origine

Angleterre, XIXe siècle, chien de chasse au gibier à plume

Poids adulte

12 à 16 kg

Taille

38 à 43 cm au garrot

Espérance de vie

12 à 15 ans

Popularité en France

4e race LOF en 2025 avec 7 585 inscriptions (Centrale Canine)

Prédisposition principale

Otite externe : 2e pathologie la plus fréquente (10,09 % - VetCompass UK)

Prédisposition articulaire

Douleur musculo-squelettique (OR 7,06 vs non-ECS) + fissure condylaire humérale spécifique aux épagneuls



 Rappel 

un Odds ratio (OR) c'est un chiffre qui montre si une race est plus ou moins souvent touchée qu'un groupe de référence.
en gros :

1 = pas plus touché que les autres
supérieur à 1 = plus touché que les autres
inférieur à 1 = moins touché que les autres

 

 

 

Synthèse des risques documentés

Pathologie

Données publiées

Source

Maladie parodontale

20,97 % de prévalence (IC 95 % : 19,31-22,62) 

(1re pathologie de la race)

Engdahl et al., 2023 - PMID 37202773

Otite externe

10,09 % de prévalence (IC 95 % : 8,87-11,32) 

(2e pathologie de la race)

Engdahl et al., 2023 - PMID 37202773

Otite externe

15,7 % de prévalence sur 1 467 ECS en Finlande

Kaimio et coll., 2017 - PMC5330127

Décharge auriculaire

OR 14,66 vs non-ECS (IC 95 % : 7,73-30,80)

(prédisposition la plus élevée de la race)

Engdahl et coll., 2024 - PMC10795400

Kératoconjonctivite sèche

OR 7,64 vs non-ECS

Engdahl et coll., 2024 - PMC10795400

Douleur musculo-squelettique

OR 7,06 vs non-ECS

Engdahl et coll., 2024 - PMC10795400

Obésité

9,88 % (IC 95 % : 8,66-11,09) 

(3e pathologie la plus fréquente)

Engdahl et al., 2023 - PMID 37202773

Fissure condylaire humérale (HIF)

0,62 % chez le Cocker Spaniel,

 2,25 % chez le Springer

Davenport et al., 2023 + Moores, 2021 - PMID 33446360

Arthrose

OR réduit 0,37 vs non-ECS : la race présente moins d'arthrose que la moyenne

Engdahl et coll., 2024 - PMC10795400



Otite externe : la pathologie de référence de la race

Les chiffres de prévalence

Engdahl et coll. ( Canine Medicine and Genetics, 2023 - PMID 37202773 ) ont analysé les données de 10 313 Cockers Anglais en soins primaires au Royaume-Uni en 2016.

L'otite externe était la deuxième pathologie la plus fréquente, avec une prévalence de 10,09 % (IC 95 % : 8,87-11,32).


Kaimio et coll. ( BMC Veterinary Research, 2017 - PMC5330127 ) ont analysé 98 736 chiens dans 55 cliniques en Finlande : prévalence de 15,7 % d'otite chez les ECS, contre 27,0 % chez l'American Cocker Spaniel et 31,8 % chez le Welsh Springer Spaniel.

Dans cette étude, 9 % des American Cocker Spaniels avec otite ont dû être retenus, contre moins de 1 % des ECS.

Engdahl et coll. ( 2024 - PMC10795400 ) ont comparé le profil de prédisposition de l'ECS à l'ensemble des autres races.

La décharge auriculaire présentait l'odds ratio le plus élevé de toutes les pathologies examinées : OR 14,66 (IC 95 % : 7,73-30,80), loin devant la kératoconjonctivite sèche (OR 7,64) et la douleur musculo-squelettique (OR 7,06).


Mécanismes

Les oreilles tombantes et velues diminuent la ventilation du conduit auditif, favorisant l'humidité et la chaleur.

La densité glandulaire plus élevée dans le conduit génère une production de cérumen importante.

Note : l'étude VetCompass 2024 spécifique à l'ECS montre que la race ne présente pas de prédisposition particulière à la dermatite atopique.

La part des maladies allergiques dans le déclenchement des otites chez l'ECS reste donc à nuancer...

L'otite est fréquemment récidivante et bilatérale.

Elle peut progresser vers l'otite moyenne ou nécessiter une ablation totale du conduit (TECA-BO).

La prise en charge des formes récidivantes implique d'identifier les facteurs primaires (allergie alimentaire, atopie, corps étranger, hypothyroïdie), secondaires (Malassezia, cocci, bacilles) et perpétuants (sténose, rupture tympanique, hyperplasie glandulaire).


 

Important !

 Ne jamais traiter une otite sans diagnostic vétérinaire.

 Certains produits contenant des aminoglycosides sont ototoxiques en cas de perforation tympanique.

Cette dernière est impossible à exclure sans examen otoscopique !

 


Douleur musculo-squelettique : un signal fort mais non spécifique

La douleur musculo-squelettique est 7,06 fois plus probable chez le Cocker Anglais que chez les autres chiens ( Engdahl et al., 2024 ). C'est la troisième prédisposition la plus forte dans la race.

Ce chiffre mérite une lecture nuancée.

Le terme est un diagnostic générique dans les dossiers vétérinaires : il peut recouvrir de l'arthrose, des douleurs ligamentaires, musculaires, ou des pathologies spécifiques du coude comme la fissure condylaire humérale.


Point important : la même étude montre un odds ratio de 0,37 pour l'arthrose spécifique, soit un risque réduit de 63 % par rapport aux autres races.

Cette apparente contradiction s'explique probablement par le fait que la douleur musculo-squelettique est identifiée comme symptôme avant qu'elle ne progresse vers une arthrose confirmée radiographiquement.

Ces interprétations restent hypothétiques et non démontrées par les études citées.


 

Fissure condylaire humérale (HIF) : la pathologie spécifique aux épagneuls

La fissure condylaire humérale (Humeral Intracondylar Fissure, HIF), anciennement désignée comme ossification incomplète du condyle huméral (OICH), est caractérisée par une fissure sagittale dans le condyle huméral distal, séparant les centres de la trochlée médiale et latérale.


Prédisposition des épagneuls et données de prévalence

Davenport et coll. ( Veterinary Radiology & Ultrasound, 2023 ) ont analysé les fractures condylaires humérales dans leur centre de référence et identifié les épagneuls (ESS, ECS, ACS) et les Bouledogues Français comme les deux groupes les plus représentés.

La prévalence des fractures condylaires est de 0,62 % pour le Cocker Spaniel et 2,25 % pour l'English Springer Spaniel.

La fissure contralatérale était présente chez 58 % des épagneuls lors du scanner du coude controlatéral à la fracture, et une sclérose intra-condylienne existait dans 95 % des cas.

Moores ( Veterinary Clinics of North America, 2021 - PMID 33446360 ) souligne que la HIF peut se développer comme une fracture de stress chez des chiens adultes dont l'ossification était pourtant complète.

Un cas documenté montre le développement d'une HIF 22 mois après un scanner objectivant un coude normal.

Une composante génétique avec possible mode de transmission récessif a été évoquée dans les séries cliniques pionnières.


Présentation clinique et prise en charge

Trois modes de présentation :

  1. boiterie du membre antérieur souvent intermittente, s'améliorant après repos prolongé
  2. fracture condylaire sur traumatisme mineur (parfois un simple saut), forme la plus redoutée car pouvant survivre sans signe précurseur 
  3. découverte fortuite sur imagerie.


Le scanner est l'outil de référence pour le diagnostic : la radiographie standard peut manquer les lésions débutantes.

Le traitement de référence est la pose d'une vis transcondylaire pour stabiliser le condyle et prévenir la fracture.

Le pronostic est globalement favorable, avec des complications implantaires documentées dans 2,5 à 10 % des cas à long terme.

 

Note : il n'existe pas à ce jour de données épidémiologiques publiées sur la prévalence exacte de la HIF dans la population générale des Cockers Anglais.

Les données disponibles proviennent de séries cliniques en centres spécialisés.

 

 

Toute boiterie du membre antérieur chez un Cocker Anglais, même intermittente et même après spontanée, justifie une consultation orthopédique. En l'absence d'exploration scanographique, une HIF asymptomatique peut passer inaperçue jusqu'à la fracture.


 

Les autres prédispositions documentées

Maladie parodontale

Première pathologie observée dans les données VetCompass UK, avec une prévalence annuelle de 20,97 % (IC 95 % : 19,31-22,62 %), plus fréquente chez les femelles.

Tout soin dentaire complet doit être réalisé sous anesthésie générale ( recommandations AAHA 2019 - PMID 30776257 ).


Obésité

9,88 % des diagnostics dans la cohorte ECS (IC 95 % : 8,66-11,09 %).

Le surpoids aggrave les contraintes articulaires, particulièrement pertinent chez une race présentant déjà des risques orthopédiques spécifiques.


Kératoconjonctivite sèche

Deuxième prédisposition la plus forte en magnitude (OR 7,64 vs non-ECS).

Facilement dépistable et traitable si déterminé tôt : une vérification ophtalmologique régulière est recommandée.


Comportement et couleur de robe

L'étude VetCompass sur l'ECS a documenté une prévalence d'agressivité significativement plus élevée chez les mâles et chez les chiens à robe unie (solides) que chez les bicolores. Ce phénomène, parfois désigné comme « Cocker rage syndrome », reste débattu quant à ses mécanismes, mais l'association statistique est documentée. Il s'agit d'un signal épidémiologique qui ne prédit pas le comportement individuel d'un chien.


 

Signes d'alerte à connaître

Signe observé

Pathologie possible

Conduite à tenir

Secouements de tête répétés, grattage auriculaire, odeur

Otite externe aiguë ou chronique

Consultation dans les 48 à 72 h

Otite récidivante malgré une bonne observance du traitement

Otite chronique, facteurs perpétuants à investiguer

Consultation + bilan dermatologique

Surdité progressive ou douleur à la palpation auriculaire

Otite interne / moyenne, complication d'otite externe

Consultation neurologique si signes vestibulaires

Boiterie intermittente du membre antérieur, après repos

Fissure condylaire humérale (HIF)

Consultation + scanner du coude recommandé

Raideur généralisée après repos, réticence à l'effort

Douleur musculo-squelettique, étiologie variée

Bilan orthopédique, radiographies et palpation

Yeux rouges, mucus oculaire, symptômes fréquents

Kératoconjonctivite sèche

Consultation ophtalmologique


 

Approche globale : anticiper plutôt que subir

Sur les oreilles

Nettoyage auriculaire régulier avec un produit vétérinaire adapté, sans coton-tige introduit profondément.

Séchage soigneux après chaque bain ou activité aquatique.

Consultation sans délai à la moindre secousse de tête répétée ou odeur anormale.

Si les épisodes se répètent, une consultation dermatologique permet de rechercher une allergie sous-jacente.

Ne jamais traiter une otite sans diagnostic vétérinaire.


Sur les articulations

Bilan orthopédique de routine à partir de 3 à 4 ans, incluant palpation des coudes.

Toute boiterie intermittente du membre antérieur, même fugace et s'améliorant au repos, doit faire évoquer une HIF.

Contrôler régulièrement l'indice de condition corporelle.


Sur les yeux et les dents

Vérification ophtalmologique régulière pour dépister une kératoconjonctivite sèche. Brossage dentaire quotidien et examens bucco-dentaires réguliers sous anesthésie générale.

 


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Sources

  1. Engdahl KS et al. (2023) Démographie et troubles des cockers anglais suivis en médecine vétérinaire générale au Royaume-Uni. Canine Medicine and Genetics, 10:4. PMID 37202773
  2. Engdahl KS et al. (2024) Les cockers anglais en soins vétérinaires primaires au Royaume-Uni : prédispositions et protections aux troubles. Canine Medicine and Genetics. PMC10795400 / PMID 38233914
  3. Kaimio M et al. (2017) Étude sur l'otite externe chez les cockers américains en Finlande. BMC Veterinary Research, 13:57. PMC5330127 / PMID 28241842
  4. O'Neill DG et al. (2021) Fréquence et facteurs prédisposants de l'otite externe canine au Royaume-Uni. Canine Medicine and Genetics, 8:7. PMID 34488894
  5. Davenport L et al. (2023) Les fissures et la sclérose intracondyliennes humérales sont des anomalies fréquemment observées à la tomodensitométrie du membre controlatéral à une fracture du condyle huméral chez les bouledogues français et les épagneuls. Veterinary Radiology & Ultrasound. doi : 10.1111/vru.13264
  6. Moores AP (2021) Fissure intracondylienne humérale chez le chien. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice. PMID 33446360
  7. Marcellin-Little DJ, DeYoung DJ, Ferris KK (1994) Ossification incomplète du condyle huméral chez les épagneuls. Vet Surg 23 : 475-487. PMID 7871711
  8. Bellows J et al. (2019) Recommandations 2019 de l'AAHA pour les soins dentaires des chiens et des chats. J Am Anim Hosp Assoc 55(2):49-69. PMID 30776257
  9. Saridomichelakis MN et al. (2007) Étiologie de l'otite externe canine : étude rétrospective de 100 cas. Vet Dermatol 18(5) : 341-347. PMID 17845622

 


 

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