Épillets et chiens : reconnaître les signes avant que ça se compliqueHors série Eté du mois de Juin |
Ce qu'est vraiment un épillet
Un épillet est une petite partie sèche de l'inflorescence de certaines graminées.
À maturité, il se détache facilement et se retrouve dans les herbes hautes, les chemins secs, les terrains vagues, les bords de route ou les zones de promenade.
Son danger ne vient pas seulement de sa pointe.
Il vient surtout de sa forme : fuselée, dure, orientée dans un sens, avec de petites barbules qui fonctionnent comme des crochets.
Une fois engagé dans un poil, un pli de peau, une oreille, une narine ou un espace entre les doigts, il avance beaucoup plus facilement qu'il ne recule.
C'est ce mécanisme qui explique pourquoi les épillets sont si redoutés en médecine vétérinaire.
Ils ne sont pas de simples "brins d'herbe coincés".
Ce sont des corps étrangers végétaux capables de pénétrer, de s'enfoncer, de provoquer une inflammation, une infection, un abcès, et parfois de migrer profondément dans les tissus.
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L'idée importante à retenir est simple : Lorsqu'un épillet est suspecté, il ne faut pas attendre de voir "si ça passe". Plus il reste en place, plus il peut devenir difficile à localiser et à retirer. Plus le risque d'abcès est élevé. |
Représentation graphique d'un épi de graminée contenant des épillets
Pourquoi les épillets sont dangereux pour les chiens
Les chiens sont particulièrement exposés parce qu'ils explorent avec leur nez, courent dans les herbes, se couchent au sol, traversent des zones sèches et ramassent facilement les débris végétaux dans leur pelage ou dans les espaces inter-digitaux.
Les épillets peuvent pénétrer par plusieurs portes d'entrée :
• les oreilles
• les narines
• les yeux
• les espaces entre les doigts (inter-digiteaux)
• la peau
• la bouche
• les voies respiratoires
• plus rarement, les voies génitales
Une fois entré, l'épillet provoque une réaction locale.
Le corps réagit comme face à un corps étranger : inflammation, douleur, suppuration, parfois fistule ou abcès.
Le problème est que le traitement médical seul ne suffit généralement pas si l'épillet reste en place. Les antibiotiques ou les anti-inflammatoires peuvent améliorer temporairement les signes, mais tant que le corps étranger n'est pas retiré, le problème peut revenir.
Dans la littérature vétérinaire, les épillets sont décrits comme des corps étrangers végétaux migrants.
Leur localisation peut être superficielle et relativement simple à traiter, mais elle peut aussi devenir beaucoup plus complexe lorsqu'ils progressent vers des tissus profonds.
Les zones les plus souvent touchées
Une étude rétrospective portant sur 182 cas de migration d'épillets chez le chien et le chat (Brennan & Ihrke, J Am Vet Med Assoc, 1983 - PMID 6345495) a montré que le conduit auditif externe était la localisation la plus fréquente, représentant environ 51 % des cas. Les autres sites rapportés incluaient notamment les espaces interdigitaux, l'œil, le nez, la région lombaire et la cavité thoracique.
Chez le chien, les zones à surveiller en priorité après une promenade sont les suivantes :
Zone |
Signes possibles |
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Oreilles |
Tête penchée, secouements, douleur, grattage, otite brutale |
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Nez |
Eternuements violents, jetage d'une seule narine, saignement possible |
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Yeux |
Oeil fermé, larmoiement, rougeur, douleur, grattage |
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Pattes |
Léchage intense, boiterie, gonflement entre les doigts |
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Peau |
Bouton douloureux, abcès, fistule, écoulement |
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Voies respiratoires |
Toux brutale, gêne respiratoire, aggravation progressive |
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Bouche / gorge |
Salivation, gêne à la déglutition, toux, douleur |
Les signes qui doivent alerter
Les signes dépendent de la localisation, mais certains tableaux sont très évocateurs.
Dans l'oreille
Un chien qui se met brutalement à secouer la tête après une balade, qui garde la tête penchée, qui gémit quand on touche son oreille ou qui se gratte de manière insistante doit être examiné rapidement.
L'épillet peut se loger dans le conduit auditif externe.
À ce stade, il peut déjà être très douloureux. S'il progresse ou si l'inflammation s'installe, le risque est l'otite, l'infection, voire des lésions plus profondes.
Il ne faut pas introduire de coton-tige ni essayer d'aller chercher l'épillet soi-même dans l'oreille. On risque surtout de l'enfoncer davantage ou de blesser le conduit.
Dans le nez
Le signe classique est brutal : le chien éternue violemment, plusieurs fois de suite, souvent juste après une sortie.
Il peut se frotter le museau au sol, avec la patte, ou présenter un écoulement d'une seule narine. Un petit saignement peut aussi apparaître.
Un épillet nasal peut être très irritant. Même si les éternuements diminuent ensuite, cela ne veut pas dire que le problème est réglé.
L'épillet peut rester présent, provoquer une rhinite, un écoulement persistant ou migrer plus profondément. Le chien doit donc consulter rapidement.
Dans l'oeil
Un oeil fermé, douloureux, rouge, avec larmoiement ou grattage, doit être considéré comme une urgence vétérinaire.
L'épillet peut se coincer sous une paupière ou au contact de la cornée.
Le risque est la lésion cornéenne (ulcère de la cornée), parfois rapide.
Il ne faut pas frotter, rincer au hasard pendant des heures ou attendre le lendemain si l'oeil reste fermé. Un oeil douloureux chez le chien mérite une consultation rapide.
Entre les doigts
Les espaces interdigitaux sont une porte d'entrée classique.
Le chien peut se lécher intensément une patte, boiter, refuser qu'on touche la zone, ou présenter un gonflement entre deux doigts.
Au début, l'épillet peut être visible. Mais très vite, il peut s'enfoncer sous la peau.
On voit alors apparaître une petite plaie, un abcès ou une fistule avec écoulement.
C'est typiquement le genre de situation où l'on pense à une simple irritation, alors qu'un corps étranger est toujours présent.
En cas de plaie, un abcès ou fistule (avec écoulement ou non), le chien doit consulter rapidement.
Dans les voies respiratoires
Les épillets inhalés peuvent provoquer une toux brutale, parfois intense, puis des signes plus discrets mais persistants.
Certains corps étrangers végétaux peuvent migrer dans l'appareil respiratoire et entraîner des complications sévères, notamment des infections profondes.
Ce n'est pas le scénario le plus fréquent chez le chien de compagnie, mais il fait partie des situations graves décrites en médecine vétérinaire.
Une toux violente apparue brutalement après une balade dans les herbes hautes ne doit donc pas être banalisée.
Ce qui peut se passer si l'on attend
Le principal risque est de laisser l'épillet progresser ou s'enkyster (création d'un kyste). Plus il reste longtemps en place, plus la réaction inflammatoire peut devenir importante.
Le chien peut alors présenter :
• une douleur persistante
• un abcès
• une fistule
• une infection
• une boiterie
• un écoulement chronique
• une atteinte respiratoire
• une aggravation malgré un traitement médical
Dans certains cas, les signes deviennent trompeurs.
Une infection profonde ou chronique peut ressembler à beaucoup d'autres maladies. Le diagnostic peut alors prendre du retard, surtout si l'épillet n'est plus visible...
C'est pour cela qu'il faut toujours relier les symptômes au contexte : une balade en herbes hautes, une saison sèche, un chien qui se met à éternuer, boiter, tousser, se lécher ou secouer la tête brutalement.
Le bon réflexe : inspecter après chaque balade |
Les zones à contrôler en priorité :
• entre les doigts
• sous les coussinets
• autour des oreilles
• dans les plis du pavillon auriculaire
• autour des yeux
• autour des narines
• sous le ventre
• au niveau de l'aine
• sous les aisselles
• dans les zones de poils longs ou denses
Chez les chiens à poil long, dense, frisé ou fourni, le brossage après balade est particulièrement important. Les épillets peuvent rester accrochés dans le pelage avant de progresser vers la peau.
Pendant la saison à risque, il peut aussi être utile de raccourcir les poils uniquement entre les doigts et autour des oreilles chez les chiens prédisposés, (Ne pas tondre tout le chien, sauf indication vétérinaire).
Ce qu'il ne faut pas faire
Il ne faut pas essayer d'extraire un épillet profondément engagé avec une pince si l'on ne voit pas clairement son extrémité. On risque de le casser, de l'enfoncer ou de laisser une partie du corps étranger en place.
Il ne faut pas introduire d'objet dans l'oreille ou la narine.
Il ne faut pas attendre plusieurs jours avec un oeil fermé, une boiterie, une toux brutale ou un écoulement purulent.
Il ne faut pas se rassurer parce que le chien semble aller un peu mieux après quelques heures. Certains signes diminuent lorsque l'épillet a migré plus loin ou que l'irritation immédiate s'apaise, sans que le problème soit résolu.
Ce que fait le vétérinaire
Lorsque l'épillet est visible et accessible, le vétérinaire peut le retirer directement avec un matériel adapté. Mais dans beaucoup de cas, l'épillet n'est déjà plus visible au moment de la consultation.
Selon la localisation, le vétérinaire peut avoir recours à :
• l'examen otoscopique pour les oreilles
• l'examen ophtalmologique pour les yeux
• l'exploration de la plaie ou de la fistule
• l'échographie
• le scanner
• l'endoscopie
• parfois la chirurgie
L'échographie est particulièrement utile pour certains épillets migrants dans les tissus mous.
Une revue systématique publiée en 2023 (Caivano et al., Animals, PMC10340067) confirme l'intérêt de l'échographie pour identifier les épillets et guider leur retrait.
Le traitement dépend ensuite de la localisation, de la profondeur, de l'infection associée et de l'état général du chien.
Quand consulter rapidement
Il faut consulter rapidement si, après une promenade en zone à risque, le chien présente :
• des éternuements violents
• un saignement d'une narine
• un oeil fermé ou douloureux
• une tête penchée
• des secouements de tête répétés
• une boiterie soudaine
• un léchage obsessionnel d'une patte
• une boule douloureuse entre les doigts
• une plaie qui coule
• une toux brutale
• une gêne respiratoire
• une douleur inhabituelle
Dans le doute, mieux vaut faire vérifier pour "rien" que laisser les choses s'envenimer.
Conclusion
Les épillets ne sont pas de simples herbes sèches. Ce sont des corps étrangers végétaux capables de s'accrocher, de pénétrer et migrer dans l'organisme du chien.
La conduite à tenir repose sur trois réflexes : éviter les herbes hautes et sèches pendant la saison à risque, inspecter soigneusement le chien après chaque sortie, et consulter rapidement dès qu'un signe brutal apparaît après une promenade.
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Sources
- Brennan KE, Ihrke PJ. Grass awn migration in dogs and cats: a retrospective study of 182 cases. Journal of the American Veterinary Medical Association. 1983;182(11):1201-1204. PMID: 6345495. Caivano D, Birettoni F, Marchesi MC, et al. Application of Ultrasound in Detecting and Removing Migrating Grass Awns in Dogs and Cats: A Systematic Review. Animals. 2023;13(13):2071. PMC10340067.
- Le Point Vétérinaire n°419, juillet 2021. Épidémiologie et signes cliniques lors de migration d'épillets. Le Point Vétérinaire n°419, juillet 2021. Outils diagnostiques face à l'inhalation de corps étrangers migrants.
- Le Point Vétérinaire n°332, 2013. Corps étranger végétal intravésical chez un chien. Le Point Vétérinaire n°285, 2008. Hydronéphrose secondaire à la migration d'un épillet. CHV Frégis. Migration d'un épillet chez le chien.
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