Le Terre-Neuve, le Saint-Bernard et le Leonberg : la réalité articulaire des races géantesSources : Krontveit, Nodtvedt, Saevik, Ropstad, Skogmo, Trangerud, Dohoo, Moe, Anfinsen, Grotmol, Bruland, Jonasdottir. |
Ils impressionnent par leur gabarit, leur calme, leur douceur avec les enfants.
Le Terre-Neuve, le Saint-Bernard et le Leonberg s'habillent autant par leur apparence que par leur tempérament.
Par contre, il faut savoir qu'adopter un chien géant sans connaître les contraintes réelles de sa santé, c'est s'exposer à des situations difficiles, que ce soit financièrement, émotionnellement, et surtout si on veut garantir le bien-être de son animal.

Terre-Neuve, Saint-Bernard et Leonberg (généré par AI)
Ces trois races partagent des caractéristiques biologiques communes : une masse corporelle élevée (60 à 90 kg pour les plus grands spécimens), une croissance rapide sur les 18 premiers mois, et une charge mécanique permanente sur des articulations qui n'ont pas toujours le temps de se consolider.
Les conséquences sont documentées : dysplasie de la hanche, dysplasie du coude, ostéosarcome, et une espérance de vie significativement plus courte que la moyenne canine.
Cet article présente les données disponibles dans la littérature vétérinaire pour chacune de ces trois races, afin de donner aux propriétaires et aux futurs adoptants une vision claire et vérifiée.
Pourquoi la taille est un facteur de risque articulaire
Le lien entre poids corporel et pathologies articulaires chez le chien est documenté par plusieurs études prospectives.
Une cohorte norvégienne ( Krontveit et al., Preventive Veterinary Medicine, 2010 ) a suivi 501 chiens de quatre grandes races depuis la naissance jusqu'au dépistage officiel de la dysplasie.
Résultat principal :Les chiots qui prenaient du poids rapidement en période de croissance présentaient un risque significativement plus élevé de développer une dysplasie de la hanche. |
La biomécanique explique en partie ce phénomène.
Plus un chien est lourd, plus les forces exercées sur le cartilage articulaire sont importantes à chaque pas.
Chez les races géantes, la maturité squelettique n'est atteinte que vers 18 à 24 mois. Pendant toute cette période, les structures cartilagineuses et osseuses sont vulnérables à des charges qui dépassent leur capacité de remodelage.
L'étude de survie de la même cohorte ( Krontveit et al., Veterinary Journal, 2012 ) montre que seulement 16 % des Léonbergs étaient encore en vie à 10 ans, contre 60 % des Labradors dans la même cohorte.
Ces chiffres reflètent une réalité biologique que les propriétaires de géants doivent intégrer.
Tableau comparatif des prédispositions documentées
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Race |
Dysplasie de la hanche |
Dysplasie coudée |
Ostéosarcome |
|---|---|---|---|
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Saint-Bernard |
La race est fortement concernée ( OFA de base ) |
Présent (moins documentée) |
Oui prédisposition |
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Léonberg |
25 % ( étude norvégienne, Krontveit 2010 ) |
Présent |
Oui 2e taux le plus élevé en Norvège |
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Terre-Neuve |
Taux élevé ( cohorte norvégienne ) |
Présent |
Oui prédisposition |
Le Saint-Bernard :
Dysplasie de la hanche
Les données de l'Orthopedic Foundation for Animals (OFA) placent le Saint-Bernard parmi les races les plus touchées par la dysplasie de la hanche.
Ces statistiques reflètent les chiens présentés au dépistage dans la base OFA et ne correspondent pas à une estimation populationnelle générale, mais ils donnent un ordre de grandeur utile pour comparer les races entre elles.
La masse corporelle de la race (entre 60 et 90 kg) aggrave mécaniquement la détérioration articulaire une fois la dysplasie installée.
Les signes cliniques peuvent apparaître tôt, parfois avant 2 ans.
Ostéosarcome : une prédisposition documentée
Le Saint-Bernard figure parmi les races les plus citées dans la littérature sur l'ostéosarcome canin.
Cette tumeur osseuse maligne touche préférentiellement les os longs des membres, souvent au niveau du radius distal ou de l'humérus proximal.
Chez les races géantes, la croissance rapide des os longs pendant la période juvénile est considérée comme l'un des facteurs favorisants.
Le pronostic de l'ostéosarcome est réservé même avec traitement.
Les données de survie varient selon la localisation tumorale, le stade au diagnostic et le protocole thérapeutique.
C'est une information que les propriétaires de races géantes doivent connaître avant l'adoption.
Espérance de vie : 8 à 10 ans
L'espérance de vie moyenne du Saint-Bernard est de 8 à 10 ans, ce qui correspond à la norme pour les races géantes.
Certaines personnes atteignent 12 ans dans de bonnes conditions de soins.
La dilatation-torsion de l'estomac (DTT) est également une cause de mortalité importante dans cette race, notamment en raison du thorax profond caractéristique.
Le Leonberg :
25 % de dysplasie de la hanche à 18 mois
Une étude norvégienne publiée dans Preventive Veterinary Medicine ( Krontveit et al., 2010 ) a suivi 180 Léonbergs depuis leur naissance jusqu'au dépistage radiographique officiel à 18 mois.
25 % présentaient une dysplasie de la hanche détectée radiographiquement.
Ce chiffre est probablement sous-évalué : seuls les chiens ayant survvécu jusqu'au dépistage ont été comptabilisés.
La même étude a identifié des facteurs environnementaux modulant ce risque : les chiots exposés aux escaliers avant 3 mois de vie présentaient un risque significativement plus élevé.
À l'inverse, l'exercice en extérieur sur terrain souple et irrégulier pendant la période juvénile était associé à un risque réduit.
Polyneuropathie héréditaire
Le Leonberg est également touché par une polyneuropathie héréditaire dont plusieurs formes ont été décrites.
Des mutations dans les gènes ARHGEF10, GJA9 et CNTNAP1 ont été identifiées, provoquant une dégénérescence progressive des nerfs périphériques.
Les signes cliniques incluent une faiblesse musculaire et des troubles de la coordination pouvant être confondus avec des problèmes articulaires.
Des tests génétiques sont disponibles.
Ostéosarcome et survie
Une étude populationnelle norvégienne publiée dans Canadian Journal of Veterinary Research (Anfinsen et al., 2011, PMID 22210997 ) portant sur 1 915 chiens de races géantes a montré que le Leonberg présentait le deuxième taux le plus élevé de tumeurs osseuses primitives après l'Irish Wolfhound.
L'étude de survie ( Krontveit et al., Veterinary Journal, 2012 ) indique que seulement 16 % des Léonbergs de cette cohorte étaient encore en vie à 10 ans.
Le Terre-Neuve :
Dysplasie et charge articulaire
Dans la cohorte norvégienne de 501 chiens ( Krontveit et al., 2010 ), le Terre-Neuve faisait partie des races fortement concernées par la dysplasie de la hanche.
Sa morphologie large et profonde, combinée à un poids moyen de 60 à 70 kg, crée des contraintes articulaires importantes.
Les données OFA signalent également un taux non négligeable d'anomalies du coude chez les Terre-Neuve présentés lors du test.
Dilatation-torsion de l'estomac
Le Terre-Neuve fait partie des races chez lesquelles le risque de dilatation-torsion de l'estomac mérite d'être discuté avec le vétérinaire.
Dans certains cas, une gastropexie préventive peut être envisagée.
Des précautions alimentaires (plusieurs petits repas, éviter l'effort intense après les repas) sont généralement recommandées pour les races à thorax profond.
Espérance de vie : 9 à 10 ans
L'espérance de vie moyenne du Terre-Neuve est de 9 à 10 ans.
Comme pour le Saint-Bernard, les pathologies articulaires et les risques oncologiques contribuent à cette espérance de vie limitée.
Ce que cela implique concrètement pour un propriétaire
La gestion de la croissance est déterminante
Chez les races géantes, la vitesse de croissance pendant les 18 premiers mois est directement corrélée au risque articulaire.
Une alimentation adaptée (avec un rapport calcium/phosphore contrôlé et une densité énergétique modérée) est indispensable.
Les erreurs les plus fréquentes sont la suralimentation en période juvénile et l'utilisation d'aliments pour adultes ou grandes races sans distinction.
Les exercices intensifs, les sauts répétés et les surfaces dures sont à éviter jusqu'à la maturité squelettique complète, soit 18 à 24 mois selon la race.
La marche régulière et modérée sur terrain souple est privilégiée.
Le dépistage articulaire : quand et comment
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Saint-Bernard : radiographie de la hanche recommandée à 12-18 mois minimum, idéalement PennHIP ou protocole OFA/SCC
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Leonberg : radiographie hanche à 18 mois (protocole officiel), test génétique polyneuropathie recommandé
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Terre-Neuve : radiographie hanche et coude, bilan vétérinaire complémentaire selon le profil du chien
Les coûts vétérinaires à anticiper
Les soins liés aux pathologies des races géantes peuvent représenter des postes de dépenses importants :
- chirurgie de dysplasie sévère (triple ostéotomie du bassin, prothèse totale de hanche)
- prix en charge d'un ostéosarcome (amputation + chimiothérapie)
- traitement d'une TNT en urgence
- ou gastropexie préventive.
Les montants varient selon la clinique, la région et le protocole.
Une assurance santé animale souscrite avant l’apparition de toute pathologie peut couvrir une partie significative de ces frais.
Choisir un élevage sérieux pour une race géante
Un éleveur sérieux de Saint-Bernard, Leonberg ou Terre-Neuve présente exclusivement les bilans radiographiques de la hanche de ses reproducteurs.
Il réalise les tests génétiques disponibles (polyneuropathie pour le Leonberg, tests cardiaques pour le Terre-Neuve).
Il ne vend pas ses chiots avant 8 semaines et reste disponible après la vente.
À retenir :La sélection sur la morphologie seule(notamment la recherche de gabarits toujours plus imposants)est une pratique qui aggrave les prédispositions articulaires !Les élévations sérieuses privilégient la santé et la fonctionnalité sur les critères esthétiques extrêmes.
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Vivre avec un Saint-Bernard, un Leonberg ou une Terre-Neuve, c'est aussi une expérience rare.
Ces chiens sont reconnus pour leur équilibre émotionnel, leur douceur avec les enfants et leur capacité à s'adapter à des foyers très différents.
Le Terre-Neuve est historiquement utilisé comme chien de sauvetage aquatique, ce qui témoigne d'une intelligence pratique et d'un sang-froid peu communs.
Le Leonberg a été sélectionné pour la représentation et le travail, ce qui lui confère une prestance et une sociabilité remarquables.
Le Saint-Bernard, emblème de l'assistance en montagne, est l'un des chiens les plus stables tempéramentalement qui soient.
Connaître leurs fragilités, c'est précisément ce qui permet de leur offrir une vie longue, confortable et bien accompagnée.
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Vous vivez avec un geant ? Saint-Bernard, Leonberg, Terre-Neuve : ces chiens demandent un engagement particulier. Si vous avez adopté l'un d'eux, partagez votre expérience. Son âge, son poids, sa photo, ses bilans articulaires, ses habitudes au quotidien. Ces témoignages assurent d'autres propriétaires pour mieux préparer l'avenir de leur chien. contact@canithermo.com |
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Sources
- Krontveit RI, Nodtvedt A, Saevik BK, Ropstad E, Skogmo HK, Trangerud C. Étude prospective sur la dysplasie de la hanche et la croissance chez une cohorte de quatre grandes races canines en Norvège (1998-2001). Médecine vétérinaire préventive. 2010;97(3-4):252-263. PMID : 20956024
- Krontveit RI, Trangerud C, Nodtvedt A, Dohoo I, Moe L, Saevik BK. Effet de la dysplasie de la hanche radiologique et de la race sur la survie dans une étude de cohorte prospective portant sur quatre grandes races de chiens suivis pendant 10 ans. Journal vétérinaire. 2012;193(1):206-211. PMID : 22093911
- Krontveit RI, Nodtvedt A, Saevik BK, Skogmo HK, Trangerud C. Facteurs de risque liés au logement et à l'exercice associés au développement de la dysplasie de la hanche, évalués par radiographie dans une cohorte prospective de Terre-Neuve, Labrador Retrievers, Leonbergers et Lévriers irlandais en Norvège. Journal américain de recherche vétérinaire. 2012;73(6):838-846. PMID : 22620698
- Anfinsen KP, Grotmol T, Bruland OS, Jonasdottir TJ. Incidence des tumeurs osseuses primitives chez le chien : étude populationnelle en Norvège. Revue canadienne de recherche vétérinaire. 2011;75(3):209-215. PMID : 22210997
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