Santé | Yorkshire Terrier : luxation de rotule, shunt hépatique et fragilités

Santé | Yorkshire Terrier : luxation de rotule, shunt hépatique et fragilités

 Yorkshire Terrier : les fragilités documentées d'une petite race sous-estimée

 

Source : O'Neill et al.; Tobias & Rohrbach

Le Yorkshire Terrier est souvent perçu comme un chien de salon robuste, plein d'énergie et sans problèmes particuliers. La réalité vétérinaire est plus nuancée. Plusieurs études populationnelles publiées dans des revues à comité de lecture identifient cette race parmi les plus touchées par des pathologies spécifiques : luxation de rotule, shunt porto système congénital, et effondrement trachéale font partie des vulnérabilités les mieux documentées.

Cet article présente les données publiées sur ces pathologies, avec les chiffres et les sources qui les soutiennent, pour permettre aux propriétaires et aux futurs adoptants de faire des choix éclairés et d'organiser un suivi vétérinaire adapté.


Fiche d'identité de la race

Origine

Angleterre (Yorkshire) : race de terrier développée au XIXe siècle

Groupe FCI

Groupe 3 : Terriers

Taille

Moins de 20 cm au garrot en général

Poids

En dessous de 3,1 kg selon le standard

Espérance de vie

12-16 ans

Robes

Bleu acier et feu : robe soyeuse caractéristique

Prédispositions principales

Luxation de rotule, shunt porto systémique, collapsus trachéale, pathologie dentaire


 Rappel 

un Odds ratio c'est un chiffre qui montre si une race est plus ou moins souvent touchée qu'un groupe de référence.
en gros :

1 = pas plus touché que les autres
supérieur à 1 = plus touché que les autres
inférieur à 1 = moins touché que les autres

 

La luxation de rotule : une prédisposition parmi les plus élevés

Les données VetCompass sur 210 000 chiens

Une étude épidémiologique publiée dans Canine Genetics and Epidemiology (O'Neill et al., 2016, PMID 27280025) a analysé les dossiers de 210 824 chiens dans 119 cliniques de soins primaires en Angleterre (programme VetCompass). La prévalence globale de luxation de rotule était de 1,30 %. Le Yorkshire Terrier présentait une prévalence de 5,4 % et un odds ratio de 5,5 par rapport aux chiens croisés (IC 95 % : 4,3-7,1, p < 0,001). Il figurait parmi les trois races ayant la prévalence la plus élevée dans cette cohorte, aux côtés du Pomeranian (6,5 %) et du Chihuahua (4,9 %).

Ces données sont issues de soins primaires, non d'un centre de référence, ce qui les rend particulièrement représentatives de la population générale de chiens vus en consultation. Elles ne souffrent pas du biais de référence qui peut affecter les études hospitalières.

La luxation de rotule chez le Yorkshire Terrier est presque exclusivement de type médial (c'est-à-dire vers l'intérieur du membre). Elle résulte d'un défaut d'alignement de l'appareil extenseur du genou lié à des anomalies squelettiques du fémur et du tibia. Le mécanisme est congénital et développemental, pas traumatique dans la grande majorité des cas.


Le shunt porto systémique congénital : une prédisposition majeure documentée

Un odds ratio x35 par rapport à tous les autres chiens

Une analyse de 2 400 cas de shunts porto systémiques congénitaux (PSS) publiée dans le Journal of the American Veterinary Medical Association (Tobias & Rohrbach, 2003, PMID 14664452) a identifié le Yorkshire Terrier comme la race avec le plus grand nombre absolu de diagnostics. 2,9 % des Yorkshire Terriers dans cette base de données étaient affectés, contre 0,05 % chez les chiens croisés. Trente-trois races présentaient un risque significativement plus élevé que les chiens croisés.

Une étude complémentaire publiée dans le Journal of the American Animal Hospital Association (Tobias, 2003, PMID 12873029) a exploré la base héréditaire du PSS chez le Yorkshire Terrier en analysant les pedigrees de 31 chiens affectés et 51 témoins. L'odds ratio pour le PSS était de 35,9 fois plus élevé chez le Yorkshire Terrier que pour toutes les autres races combinées. Le coefficient de consanguinité était environ deux fois plus élevé chez les chiens affectés. L'auteur conclut que le PSS semble héréditaire dans cette race, bien que le mode de transmission reste à élucider.


Mécanisme et signes cliniques

Un shunt porto système est une connexion vasculaire anormale qui permet au sang de contourner le foie. Le foie ne filtre plus le sang portal, les toxines (notamment l'ammoniaque) s'accumulent dans le système de circulation et atteignent le cerveau, provoquant une encéphalopathie hépatique.

Les signes cliniques apparaissent souvent avant l'âge de 1 an : retard de croissance par rapport aux congénères, mauvais état corporel, signes neurologiques intermittents (confusion, ataxie, crises convulsives), polyurie-polydipsie, et parfois présence de cristaux d'urate d'ammonium dans les urines. Ces signes peuvent être confondus avec d'autres pathologies, ce qui retarde parfois le diagnostic.

Le diagnostic repose sur des tests de fonction hépatique (dosage des acides biliaires à jeune et post-prandial) et une échographie abdominale. La correction chirurgicale offre un bon pronostic dans les cas opérables chez le jeune chien.


Le collapsus trachéale : une fragilité respiratoire spécifique

L'effondrement trachéale est une pathologie progressive du conduit aérien qui affecte préférentiellement les races de jouets, et particulièrement le Yorkshire Terrier et le Pomeranian. Il résulte d'un affaiblissement des anneaux cartilagineux de la trachée, qui s'aplatissent partiellement ou totalement lors de la respiration.

La présentation clinique caractéristique est une toux dite 'en couinement d'oie' ou 'honking toux', souvent déclenchée par l'excitation, l'effort ou la pression sur le cou. Il n'existe pas de guérison, mais la majorité des cas (environ 70 % selon les données disponibles) répondent bien à une prise en charge médicale : bronchodilatateurs, anti-inflammatoires, gestion du poids, et remplacement du collier par un harnais pour éviter la pression sur la trachée.

Les cas sévères avec obstruction respiratoire significative peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. La prise en charge est d'autant plus efficace qu'elle est initiée tôt. Tout Yorkshire Terrier présentant une toux chronique ou des bruits respiratoires anormaux doit être évalué par un vétérinaire.


La santé dentaire : un point de vigilance pratique

Comme pour la plupart des races de très petite taille, le Yorkshire Terrier peut présenter des problèmes d'encombrement dentaire liés à sa mâchoire réduite. Les dents de lait persistantes parfois en coexistence avec les dents permanentes. Le tartre s'accumule généralement plus rapidement que chez les grandes races. Ces observations sont consensuelles dans la pratique vétérinaire pour les races toy, même si elles ne font pas l'objet d'études épidémiologiques spécifiques à cette race dans la littérature publiée.

Un brossage régulier des dents et des bilans dentaires vétérinaires périodiques sont recommandés par les vétérinaires pour cette race, comme pour toutes les races de petite taille.


Ce qu'il faut savoir avant d'adopter un Yorkshire Terrier

  • Rotule : demander si les parents ont des ressentis de luxation de rotule : aucun test génétique disponible, mais l'historique familial est utile

  • Shunt hépatique : un chiot Yorkshire qui ne grandit pas bien, reste petit par rapport à ses congénères ou présente des signes neurologiques doit être testé rapidement

  • Trachée : utiliser un harnais plutôt qu'un collier dès l'adoption : ne jamais exercer de traction sur le cou

  • Dents : brossage quotidien des dents indispensables : à habituer dès le plus jeune âge

  • Poids : le surpoids aggrave la luxation de la rotule et le collapsus trachéal : maintenir un poids idéal

  • Anesthésie : informer le vétérinaire du statut shunt hépatique si connu : tolérance aux médicaments éventuellement modifiés


Vous avez un York ?

Rotule, trachée, shunt hépatique : si vous vivez avec un Yorkshire et souhaitez partager son histoire de santé (ses diagnostics, ses bilans, son quotidien) votre témoignage aide d'autres propriétaires à mieux anticiper, agir plus tôt et se sentir compris.

contact@canithermo.com


________________________________________________________________

Sources 

  1. O'Neill DG, Meeson RL, Sheridan A, Church DB, Brodbelt DC. Épidémiologie de la luxation rotulienne chez les chiens suivis en médecine vétérinaire générale en Angleterre. Canine Genetics and Epidemiology. 2016;3:4. PMID : 27280025
  2. Tobias KM, Rohrbach BW. Association de la race avec le diagnostic des shunts portosystémiques congénitaux chez le chien : 2 400 cas (1980-2002). Journal of the American Veterinary Medical Association. 2003 ; 223(11) : 1636-1639. PMID : 14664452
  3. Tobias KM. Détermination du mode de transmission héréditaire des shunts portosystémiques congénitaux uniques chez le Yorkshire Terrier. Journal of the American Animal Hospital Association. 2003;39(4):385-389. PMID : 12873029

 

0 commentaire

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant leur publication.