Alimentation | BARF : ce que disent vraiment les études

 

BARF : ce que disent vraiment les études

 

Sources : Schlesinger 2011, Freeman 2013, van Bree 2018, Weese 2019, Solís 2022, Hellgren 2021, Dillitzer 2011, Köhler 2012, Główny 2024, Koszta 2025.

 

Le BARF, pour Biologically Appropriate Raw Food ou Bones and Raw Food, désigne une alimentation crue, principalement composée de viande, d’os charnus et d’abats.

Le BARF suscite beaucoup (beaucoup) de débats. Certains propriétaires ne jurent que par lui, tandis que d'autres le considèrent comme une pratique à éviter. Entre ces deux positions, la littérature scientifique apporte des réponses plus nuancées.

Pour certains propriétaires, le BARF représente une alimentation plus naturelle, plus lisible et plus proche des besoins du chien. Pour beaucoup de vétérinaires et d’autorités sanitaires, il s’agit surtout d’un mode d’alimentation à risque, notamment sur le plan microbiologique.

À ce jour, aucune étude ne montre que le BARF est globalement supérieur aux autres modes d'alimentation. À l'inverse, les données disponibles ne permettent pas non plus de dire qu'il est systématiquement dangereux.

En revanche, elles montrent clairement une chose : ce n’est pas une alimentation à improviser.

 

 

Ce qu’est le BARF

Une ration BARF repose généralement sur :

  • de la viande crue ;
  • des os charnus ;
  • des abats ;
  • parfois des légumes, des fruits, des œufs ou des compléments.

Elle peut être préparée à la maison ou achetée sous forme commerciale, congelée ou lyophilisée.

L’un des arguments les plus fréquents est que le chien descend du loup et serait donc naturellement adapté à une alimentation crue.

Cet argument doit être nuancé.

Le chien domestique a bien un ancêtre commun avec le loup, mais il a aussi évolué au contact de l’humain. Il possède notamment des adaptations métaboliques qui lui permettent de mieux digérer l’amidon que le loup. Le chien n’est donc pas simplement “un loup de salon”.

 

 

Le risque bactériologique : le point le mieux documenté

C’est le risque le plus solide dans la littérature.

Plusieurs études menées en Europe et en Amérique du Nord ont retrouvé des bactéries potentiellement dangereuses dans des aliments crus destinés aux chiens et aux chats.

Les contaminants les plus souvent cités sont :

  • Salmonella ;
  • Listeria monocytogenes ;
  • Campylobacter ;
  • certaines souches d’E. coli ;
  • des bactéries résistantes aux antibiotiques.

Une étude a retrouvé des agents pathogènes dans plus d’un tiers des aliments crus analysés, avec également une contamination possible des selles des chiens nourris au cru. Dans la même cohorte, aucun pathogène n’avait été détecté dans les aliments extrudés testés.

D’autres travaux ont montré que les chiens nourris au cru peuvent excréter davantage de bactéries zoonotiques et résistantes, c’est-à-dire transmissibles à l’humain ou problématiques en santé publique.

Ce point est important : le risque ne concerne pas seulement le chien. Il concerne aussi les personnes du foyer, via la manipulation des aliments, les gamelles, les surfaces de cuisine, les selles ou le léchage.

Les personnes les plus à risque sont :

  • les enfants ;
  • les personnes âgées ;
  • les femmes enceintes ;
  • les personnes immunodéprimées ;
  • les animaux fragiles ou malades.

Cela ne veut pas dire que chaque chien nourri au cru tombera malade, ni que chaque foyer sera contaminé.

Mais le risque microbiologique existe, il est mesuré, et il doit être pris au sérieux.

Il peut être réduit par une hygiène stricte : respect de la chaîne du froid, décongélation contrôlée, lavage des mains, nettoyage des surfaces, séparation des ustensiles, gamelles lavées rapidement, et prudence renforcée dans les foyers avec personnes fragiles.

 

 

Les déséquilibres nutritionnels : l’autre grand problème

Le deuxième risque majeur est nutritionnel.

Plusieurs études ont montré que de nombreuses rations BARF, surtout lorsqu’elles sont préparées à la maison, présentent des déséquilibres.

Les problèmes les plus fréquents concernent :

  • le calcium ;
  • le phosphore ;
  • le rapport calcium/phosphore ;
  • le zinc ;
  • le cuivre ;
  • l’iode ;
  • certaines vitamines, notamment A et D ;
  • l’équilibre global de la ration.

Le risque est particulièrement important chez les chiots, car la croissance impose des besoins très précis. Une erreur sur le calcium, le phosphore ou l’énergie peut avoir des conséquences importantes sur le développement osseux.

Des cas cliniques ont décrit des chiots nourris au BARF avec des apports insuffisants en énergie, calcium, phosphore et micronutriments.

Là encore, ce n’est pas le cru en lui-même qui rend l’équilibre impossible. C’est l’absence de formulation sérieuse.

Une ration BARF équilibrée demande des calculs, des données fiables et souvent l’aide d’un vétérinaire formé en nutrition. Les équilibres “au feeling” ou les recettes copiées sur Internet sont les situations les plus à risque.

 

 

Les bénéfices revendiqués : des preuves encore limitées

Les bénéfices souvent attribués au BARF sont nombreux : meilleur poil, selles plus petites, meilleure digestion, dents plus propres, meilleure vitalité.

Certains propriétaires observent réellement des améliorations chez leur chien.

Le problème, c’est que ces observations individuelles ne suffisent pas à démontrer une supériorité générale du BARF.

Les études disponibles montrent surtout des modifications du microbiome intestinal chez les chiens nourris au cru. Mais une modification du microbiome ne veut pas dire automatiquement amélioration de la santé.

Les grandes revues de littérature concluent aujourd’hui que les bénéfices revendiqués du BARF restent moins solidement démontrés que ses risques.

Cela n’exclut pas des bénéfices individuels dans certains cas, notamment chez des chiens ayant des intolérances ou des problèmes d’appétence. Mais on ne peut pas généraliser ces situations à tous les chiens.

 

 

BARF commercial et BARF maison : deux risques différents

Le BARF commercial est souvent perçu comme plus sûr parce qu’il est vendu prêt à l’emploi.

Il peut effectivement être mieux formulé qu’une ration improvisée à la maison.

Mais les études montrent que les produits crus commerciaux peuvent eux aussi être contaminés par des bactéries pathogènes. Le fait qu’un produit soit vendu dans le commerce ne supprime donc pas le risque microbiologique.

Le BARF maison, lui, expose surtout à un risque nutritionnel plus important si la ration n’est pas correctement formulée.

En résumé :

Autrement dit, un BARF commercial n'est pas forcément exempt de bactéries pathogènes, tandis qu'un BARF maison demande une véritable formulation nutritionnelle. Les risques ne sont simplement pas les mêmes.

 

 

Les chiens pour lesquels la prudence est maximale

Certaines situations rendent le BARF plus délicat.

C’est le cas chez :

  • les chiots en croissance ;
  • les chiennes gestantes ou allaitantes ;
  • les chiens immunodéprimés ;
  • les chiens atteints de maladies chroniques ;
  • les chiens de thérapie ou en contact avec des publics fragiles ;
  • les foyers avec enfants en bas âge, personnes âgées ou personnes immunodéprimées.

Dans ces contextes, le risque nutritionnel et le risque zoonotique doivent être évalués avec encore plus de prudence.

 

 

Ce qu’il faut retenir

Le BARF n’est ni une aberration, ni une solution miracle.

Les études montrent trois choses principales :

  • le risque microbiologique est réel et bien documenté ;
  • les déséquilibres nutritionnels sont fréquents lorsque les rations sont mal formulées ;
  • les bénéfices revendiqués restent encore peu démontrés par des preuves solides.

Cela ne signifie pas qu’un régime cru est forcément voué à mal se passer.

Un BARF bien construit, formulé sérieusement, respecté dans le temps et manipulé avec une hygiène stricte peut être conduit correctement.

Mais ce n’est pas une alimentation à bricoler.

Le vrai problème mis en évidence par la littérature n’est pas seulement le cru. C’est l’improvisation : recettes approximatives, compléments oubliés, hygiène insuffisante, absence de suivi et croyance qu’une alimentation “naturelle” est automatiquement équilibrée.

Le BARF peut convenir à certains chiens lorsqu'il est correctement formulé et manipulé dans de bonnes conditions d'hygiène. En revanche, les études montrent qu'il demande davantage de connaissances et de rigueur qu'on ne l'imagine souvent. C'est probablement le principal message de la littérature scientifique actuelle.

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Sources

  1. Schlesinger DP, Joffe DJ. Raw food diets in companion animals: a critical review. The Canadian Veterinary Journal, 2011.
  2. Dillitzer N, Becker N, Kienzle E. Intake of minerals, trace elements and vitamins in bone and raw food rations in adult dogs. British Journal of Nutrition, 2011.
  3. Köhler B et al. Dietary hyperthyroidism in dogs. Journal of Small Animal Practice, 2012.
  4. Freeman LM et al. Current knowledge about the risks and benefits of raw meat-based diets for dogs and cats. Journal of the American Veterinary Medical Association, 2013.
  5. van Bree FPJ et al. Zoonotic bacteria and parasites found in raw meat-based diets for cats and dogs. Veterinary Record, 2018.
  6. Weese JS et al. Raw meat-based diets for dogs and cats: microbiological and public health risks. 2019.
  7. Hellgren J et al. Raw meat-based diets and shedding of zoonotic and antimicrobial-resistant bacteria in dogs. 2021.
  8. Solís A et al. Raw meat-based diets in dogs: nutritional, microbiological and public health considerations. 2022.
  9. Główny D et al. Raw diets for dogs and cats: potential health benefits and risks. 2024.
  10. Koszta K et al. Reconciling the definitions of raw meat-based diets and BARF diets in companion animals. Frontiers in Veterinary Science, 2025.

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