Alimentation | Jeûne intermittent chez le chien

Jeûne intermittent chez le chien : que dit réellement la science ?

 

Sources : Kealy 2002, Lawler 2008, Bray 2022, Raghavan 2004, Glickman 2000.


 

Le jeûne intermittent est devenu très populaire chez l'humain. Depuis quelques années, cette pratique suscite aussi des questions chez les propriétaires de chiens : peut-elle améliorer leur santé ou leur longévité ?

La réponse est plus nuancée qu'on pourrait le croire.

Des études existent bien chez le chien, mais elles ne portent pas toutes sur le jeûne intermittent. Certaines évaluent la restriction calorique, d'autres la fréquence des repas. Ces deux approches sont souvent confondues alors qu'elles ne répondent pas à la même question.


La donnée la plus solide : la restriction calorique

L'étude de référence est celle de Kealy et ses collaborateurs, menée pendant toute la vie de 48 Labradors Retrievers.

Les chiens recevant environ 25 % de calories en moins que leurs congénères, tout en conservant une alimentation équilibrée, ont vécu en moyenne près de deux ans de plus. Ils ont également développé plus tardivement plusieurs maladies liées au vieillissement, notamment des troubles articulaires.

Une analyse publiée plusieurs années plus tard a confirmé ces résultats : maintenir un chien à un poids de forme tout au long de sa vie est associé à une meilleure espérance de vie et à une apparition plus tardive des maladies chroniques.

Il est important de souligner que ces travaux portent sur une restriction calorique maîtrisée, et non sur le jeûne intermittent.


Un repas par jour : une association intéressante

En 2022, le Dog Aging Project a analysé les données de plus de 24 000 chiens.

Les chiens nourris une seule fois par jour présentaient moins de troubles cognitifs ainsi qu'une fréquence plus faible de certaines maladies digestives, dentaires, orthopédiques, rénales, urinaires, hépatiques et pancréatiques que ceux recevant plusieurs repas.

Grâce à son très grand nombre de participants, cette étude constitue aujourd'hui la principale référence lorsqu'il est question de la fréquence des repas chez le chien.


Une étude qui ne prouve pas un effet du repas unique

Cette étude reste toutefois observationnelle.

Autrement dit, elle met en évidence des associations, mais ne démontre pas que le fait de nourrir un chien une seule fois par jour améliore directement sa santé.

Les auteurs rappellent eux-mêmes qu'un chien malade est souvent nourri plus fréquemment, ce qui peut expliquer une partie des résultats observés.

De plus, les informations médicales proviennent en grande partie des propriétaires et non d'un examen vétérinaire standardisé réalisé chez tous les chiens.

Ces limites n'invalident pas l'étude, mais elles imposent de rester prudent dans son interprétation.


Que sait-on réellement du jeûne intermittent ?

À ce jour, aucun essai clinique de grande qualité n'a démontré qu'un protocole de jeûne intermittent améliore directement la santé ou la longévité du chien.

Les connaissances actuelles reposent principalement sur trois éléments :

  • la restriction calorique, qui a montré un bénéfice sur la longévité ;
  • les études sur la fréquence des repas, qui mettent en évidence des associations intéressantes ;
  • des mécanismes biologiques bien décrits chez d'autres espèces, mais encore peu étudiés chez le chien.

Le jeûne intermittent reste donc une piste de recherche prometteuse, mais pas une pratique dont les bénéfices sont aujourd'hui démontrés.


Le repas unique ne convient pas à tous les chiens

Donner un seul repas par jour n'est pas adapté à toutes les situations.

Chez les grandes races et les races géantes, plusieurs études ont montré qu'un repas unique de grand volume augmentait le risque de dilatation-torsion de l'estomac. Cette urgence vétérinaire survient lorsque l'estomac se dilate fortement puis peut se retourner sur lui-même, empêchant la circulation du sang et l'évacuation des gaz.

Chez ces chiens, répartir la ration en plusieurs repas est généralement considéré comme plus prudent.

Le repas unique ou le jeûne intermittent sont également déconseillés sans avis vétérinaire chez :

  • les chiots ;
  • les chiennes gestantes ou allaitantes ;
  • les chiens diabétiques ;
  • les chiens souffrant de maladies digestives ;
  • les chiens très maigres, fragiles ou atteints d'une maladie chronique.

Ce qu'il faut retenir

À l'heure actuelle, la donnée la plus solide concernant la longévité du chien ne concerne pas le jeûne intermittent, mais le maintien d'un poids de forme grâce à une restriction calorique modérée lorsque cela est nécessaire.

Le repas unique quotidien est associé à de meilleurs indicateurs de santé dans une grande étude observationnelle, mais cette association ne permet pas d'affirmer qu'il améliore directement la santé des chiens.

Le jeûne intermittent reste donc une hypothèse intéressante, mais insuffisamment démontrée pour être recommandé de manière générale. Toute modification importante de l'alimentation doit tenir compte de l'âge, de la race, de l'état de santé et du mode de vie du chien.

 


 

Sources 

  1. Kealy, R. D., Lawler, D. F., Ballam, J. M., et al. (2002). Effects of diet restriction on life span and age-related changes in dogs. Journal of the American Veterinary Medical Association, 220(9), 1315–1320.
  2. Lawler, D. F., Larson, B. T., Ballam, J. M., et al. (2008). Diet restriction and ageing in the dog: major observations over two decades. British Journal of Nutrition, 99(S1), S21–S31.
  3. Bray, E. E., Lepine, S. E., Larson, B. T., et al. (2022). Once-daily feeding is associated with better cognitive function and health in companion dogs: Results from the Dog Aging Project. GeroScience, 44, 1909–1923.
  4. Raghavan, M., Glickman, N., McCabe, G., et al. (2004). Diet-related risk factors for gastric dilatation-volvulus in dogs of high-risk breeds. Journal of the American Animal Hospital Association, 40(3), 192–203.
  5. Glickman, L. T., Glickman, N. W., Schellenberg, D. B., et al. (2000). Multiple risk factors for the gastric dilatation-volvulus syndrome in dogs. Journal of the American Animal Hospital Association, 36(3), 217–225.

 

 


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