Chiens de travail et d'utilité | Chiens de chasse : blessures, prévention et saison de repos

Chiens de travail et d'utilité | Chiens de chasse : blessures, prévention et saison de repos

Chiens de chasse : blessures, prévention et saison de repos

 

Source : Ridgway 2021 ; Marcellin-Little et al. 2005 ; Sykes et al. 2023 ACVIM ; Toepp et al. 2018 ; Hall et al. 2021 / données Isaksen ; FNC, Code de l'environnement et arrêtés nationaux

Le chien de chasse est l'un des chiens de travail les plus répandus en France.

La Fédération Nationale des Chasseurs indique qu'en France, environ la moitié des 8 millions de chiens relèvent du vaste ensemble des chiens de chasse, répartis sur plus de 150 races.

Cette population considérable présente des enjeux de santé spécifiques, encore sous-documentés dans la littérature vétérinaire par rapport à d'autres catégories de chiens de travail.

Ces animaux évoluent dans des environnements extérieurs variés, souvent en contact direct avec la faune sauvage, exposés à des contraintes physiques intenses sur des durées limitées à la saison cynégétique, puis soumis à un repos prolongé en inter-saison.

Cette alternance, saison active intense suivie d'une longue période de faible activité, génère des risques spécifiques à chaque phase.

La littérature vétérinaire disponible sur les chiens de chasse aborde principalement trois domaines :

  • les blessures traumatiques,
  • les maladies infectieuses et parasitaires liées à l'environnement,
  • la gestion du conditionnement physique.

 

Le contexte français : modes de chasse et races utilisées

En France, la pratique de la chasse est encadrée par le Code de l'environnement et organisée à travers les fédérations départementales de chasseurs, sous la tutelle de la Fédération Nationale des Chasseurs.

Les dates d'ouverture et de fermeture sont fixées par arrêtés préfectoraux départementaux.

La fermeture générale intervient au dernier jour de février dans la plupart des départements, avec des variations selon les espèces et les zones géographiques.

Parmi les grandes formes de chasse pratiquées en France figurent la chasse à tir, la vénerie (chasse à courre), la vénerie sous terre et la chasse au vol (fauconnerie).

La vénerie s'exerce du 15 septembre au 31 mars, conformément à l'article R424-4 du Code de l'environnement.

Les entraînements, concours et épreuves de chiens de chasse font l'objet d'un encadrement spécifique, notamment par l'arrêté du 21 janvier 2005 relatif à ce sujet, et peuvent être soumis à des conditions ou à une autorisation préfectorale selon les situations.

L'emploi des chiens lévriers purs ou croisés est formellement interdit pour la chasse en France, de même que celui des chiens classés dangereux, conformément à l'arrêté du 1er août 1986 relatif aux procédés de chasse, article 8.

Les races utilisées se répartissent selon la discipline.

  • Les chiens courants (Beagle, Grand Bleu de Gascogne, Poitevin, Anglo-Français de petite vénerie, Basset Artésien Normand et de nombreuses autres races françaises) sont employés en vénerie et pour la chasse du gibier à poil.
  • Les chiens d'arrêt (Épagneul Breton, Setter irlandais, Pointer, Braque français, Braque de Weimar) sont utilisés pour le gibier à plume.
  • Les retrievers (Labrador, Golden Retriever) et les spaniels (Springer anglais, Cocker) servent au levé et au rapport du gibier.
  • Les chiens de terrier (Fox Terrier, Jack Russell Terrier, Teckel) chassent en milieu souterrain.

Cette diversité de races et de missions implique des profils de contraintes physiques et d'expositions environnementales très différents.

 

Blessures traumatiques : les données disponibles

Les blessures traumatiques constituent la principale cause de consultation vétérinaire en urgence pour les chiens de chasse pendant la saison.

Une revue de la littérature sur les chiens de chasse et les chiens de travail souligne que ces animaux sont exposés à un risque accru de blessures en raison de leur travail intense en milieu extérieur et de leur forte motivation à poursuivre la tâche malgré la douleur ou la fatigue, ce qui peut retarder la détection des blessures par le conducteur (Ridgway, Veterinary Clinics of North America Small Animal Practice, 2021, PMID 34059261).

Les blessures cutanées sont les plus fréquentes. Les lacérations et plaies par objet tranchant (grillages barbelés, branches cassées, verre, métal au sol) sont particulièrement communes chez les chiens évoluant en milieu dense ou franchissant des clôtures.

Les plaies punctiformes profondes, causées par des végétaux piquants, des épines ou des morsures d'animaux sauvages, présentent un risque infectieux élevé en raison de leur profondeur et de la difficulté de décontamination en conditions de terrain.

Les plaies d'oreille, notamment à l'extrémité du pavillon, sont caractéristiques des chiens travaillant en sous-bois dense : l'hématome et le saignement répété par les mouvements de tête sont un problème de terrain classique.

Les blessures musculo-squelettiques représentent la deuxième catégorie en importance. Entorses, déchirures ligamentaires, fractures de stress et lésions tendineuses sont documentées dans les populations de chiens de sport et de travail (Marcellin-Little, Levine, Taylor, Veterinary Clinics of North America Small Animal Practice, 2005, PMID 16260320).

Chez les chiens de chasse, le passage répété d'obstacles, les réceptions sur terrain irrégulier, les changements de direction brusques lors de la poursuite et les longues distances parcourues en une journée constituent des facteurs de risque.

Un facteur aggravant spécifique est le déconditionnement en inter-saison : un chien peu actif pendant plusieurs mois qui reprend une activité intense en début de saison présente un risque musculo-squelettique accru par rapport à un animal maintenu en condition physique tout au long de l'année.

Les blessures oculaires méritent une mention particulière. Les corps étrangers végétaux, en particulier les graines d'herbes à crochets et les épillets de graminées, sont une cause fréquente de kératite, d'ulcère cornéen et de conjonctivite chez les chiens travaillant dans les couverts de fin de saison. La progression rapide d'un ulcère cornéen en quelques heures, si le chien n'est pas examiné et traité en urgence, est un risque documenté en pratique.

 

Maladies infectieuses et parasitaires : un profil d'exposition élevé

Les chiens de chasse présentent un profil d'exposition aux maladies infectieuses et parasitaires nettement supérieur à celui des chiens de compagnie sédentaires.

Cette surexposition résulte du contact régulier avec la faune sauvage, de l'accès à des milieux humides et forestiers, et de la pratique fréquente d'alimentation avec des viandes crues d'animaux de gibier (Ridgway, 2021).

La leptospirose est la maladie infectieuse pour laquelle les chiens de chasse présentent le risque le plus documenté :

La bactérie Leptospira, transmise par le contact avec des urines ou des eaux contaminées par les animaux sauvages (notamment les rongeurs, le sanglier et les cervidés), pénètre par les muqueuses ou la peau lésée.

La forme clinique sévère associe insuffisance rénale aiguë, atteinte hépatique et syndrome hémorragique. Un consensus de l'ACVIM actualisé sur la leptospirose canine confirme que les chiens en contact régulier avec des milieux naturels humides sont une population à risque justifiant une vaccination, et que la couverture vaccinale doit être adaptée aux sérovars circulant dans la région géographique concernée (Sykes et al., Journal of Veterinary Internal Medicine, 2023, PMID 37861061, PMC10658540).

La leptospirose étant une zoonose (une maladie partagée entre espèces animales et humaines, causée par un agent infectieux ), le chien infecté peut constituer une source de contamination pour le chasseur, ce qui confère à la prévention vaccinale canine une dimension de santé publique.

Les maladies à transmission vectorielle constituent l'autre volet majeur du risque infectieux. Les études documentent une exposition élevée à ces maladies chez les chiens de chasse dans le monde entier : borréliose de Lyme, ehrlichiose, anaplasmose, babésiose, bartonellose, avec des co-infections fréquentes (Ridgway, 2021).

En France, la babésiose canine (piroplasmose) fait partie des maladies vectorielles classiquement surveillées chez les chiens de chasse, avec une incidence saisonnière marquée à l'automne et au printemps.

Par ailleurs, les personnes fréquemment exposées à de nombreux chiens de chasse présentent une exposition aux tiques nettement plus élevée que les personnes évoluant uniquement dans des environnements naturels sans contact canin, ce qui souligne l'importance de la prévention antiparasitaire pour la santé du chien et indirectement pour celle du chasseur (Toepp et al., Vector-Borne and Zoonotic Diseases, 2018, PMID 30016206).

 

 

La saison de repos : enjeux physiologiques et prévention

La structure temporelle de l'année du chien de chasse en France, plusieurs mois d'activité intense suivis d'une inter-saison de faible activité, soulève des enjeux physiologiques spécifiques peu abordés dans la littérature vétérinaire dédiée.

Un chien inactif pendant plusieurs mois subit un déconditionnement musculaire et cardiovasculaire progressif.

La reprise brusque d'une activité intense en début de saison, sans phase de reconditionnement progressif, augmente le risque de blessures musculo-squelettiques aiguës.

Les recommandations issues de la médecine vétérinaire sportive pour les chiens athlètes préconisent une remise en condition progressive sur plusieurs semaines avant la reprise d'une activité intense, en augmentant progressivement la durée et l'intensité des exercices (Marcellin-Little et al., 2005).

Ces recommandations n'ont pas été évaluées dans des études dédiées spécifiquement aux chiens de chasse, mais leur cohérence avec les mécanismes de déconditionnement documentés dans d'autres populations de chiens de travail est établie.

Du point de vue nutritionnel, les besoins énergétiques des chiens de chasse varient fortement selon la phase de l'année.

  • En période active, la dépense énergétique est élevée et justifie une alimentation adaptée à l'effort.
  • En inter-saison, la réduction de l'apport calorique en parallèle de la baisse d'activité est essentielle pour éviter la prise de poids. L'excès de poids aggrave les contraintes articulaires à la reprise d'activité et constitue un facteur de risque supplémentaire pour les pathologies dégénératives à long terme.

L'inter-saison est également la période appropriée pour les bilans vétérinaires préventifs.

Une étude longitudinale sur 323 chiens de travail a documenté que 57 % d'entre eux développaient au moins une anomalie musculo-squelettique au cours de leur carrière, le carpe et le grasset étant les zones les plus fréquemment concernées pour la réduction de la mobilité, et la hanche pour la douleur (Isaksen et al., cité dans Hall, Otto, Baltzer, Frontiers in Veterinary Science, 2021, PMID 34395583).

Cette donnée, issue d'une population de chiens de travail agricole néo-zélandais, n'est pas directement transposable aux chiens de chasse français, mais illustre l'importance d'un suivi orthopédique régulier dans les populations de chiens soumis à des contraintes répétées.

Le bilan de fin de saison permet de détecter les lésions subcliniques accumulées et d'adapter la gestion de l'inter-saison en conséquence.

 

 

Prévention et bonnes pratiques

Les pratiques préventives cohérentes avec les données disponibles pour les chiens de chasse s'organisent en trois temps.

1. Avant la saison

La phase de reconditionnement progressif sur plusieurs semaines est recommandée pour limiter le risque de blessures musculo-squelettiques liées au déconditionnement. La mise à jour vaccinale, en particulier contre la leptospirose avec un vaccin adapté aux sérovars locaux, est une mesure documentée. La mise en place d'un traitement antiparasitaire préventif contre les tiques, adapté à la région et à la période, est également recommandée.

 

2. Pendant la saison

La vérification quotidienne de l'état général du chien après chaque sortie, en particulier des coussinets, des yeux, des oreilles et de la peau, permet de détecter précocement les blessures qui s'aggravent rapidement si elles passent inaperçues.

Les plaies punctiformes profondes, même d'apparence bénigne, justifient une consultation vétérinaire dans les 24 heures en raison du risque infectieux.

Les corps étrangers oculaires constituent une urgence : un retard de prise en charge de quelques heures peut compromettre l'intégrité cornéenne.

3. Après la saison

Le bilan vétérinaire de fin de saison permet de détecter les lésions subcliniques, de mettre à jour les traitements préventifs et d'adapter la gestion nutritionnelle et le programme d'activité à l'inter-saison.

 

En conclusion

Les chiens de chasse constituent une population de chiens de travail à profil de santé spécifique, caractérisée par une alternance entre saison d'activité intense et inter-saison de repos prolongé, et par une exposition environnementale élevée aux agents infectieux et parasitaires.

Les blessures traumatiques (plaies, lésions musculo-squelettiques, corps étrangers oculaires) et les maladies infectieuses (leptospirose, maladies à tiques) représentent les principaux enjeux documentés.

La gestion du déconditionnement inter-saison et le reconditionnement progressif avant la reprise sont des pratiques préventives cohérentes avec les données disponibles sur les chiens de travail, même si les études dédiées spécifiquement aux chiens de chasse en France restent peu nombreuses.

Pour le vétérinaire praticien, la connaissance du type de chasse pratiqué, des races concernées et du calendrier cynégétique local est un préalable à une prise en charge adaptée.

 


Sources

  1. Ridgway M., Hunting Dogs, Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice, 2021, PMID 34059261
  2. Marcellin-Little D.J., Levine D., Taylor R., Rehabilitation and Conditioning of Sporting Dogs, Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice, 2005, PMID 16260320
  3. Sykes J.E. et al., Updated ACVIM Consensus Statement on Leptospirosis in Dogs, Journal of Veterinary Internal Medicine, 2023, PMID 37861061, PMCID PMC10658540
  4. Toepp A.J. et al., Frequent Exposure to Many Hunting Dogs Significantly Increases Tick Exposure, Vector-Borne and Zoonotic Diseases, 2018, PMID 30016206, PMCID PMC6426272
  5. Hall N.J., Otto C.M., Baltzer W.I., Editorial: Working Dogs: Form and Function, Volume II, Frontiers in Veterinary Science, 2021, PMID 34395583, PMCID PMC8358669
  6. Fédération Nationale des Chasseurs, pages officielles sur les chiens de chasse, les modes de chasse et la réglementation
  7. Code de l'environnement, article R424-4
  8. Arrêté du 21 janvier 2005 relatif aux entraînements, concours et épreuves de chiens de chasse
  9. Arrêté du 1er août 1986 relatif aux procédés de chasse, article 8

 

 

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