Émotions et Comportement | l’Alzheimer du chien

Syndrome de dysfonction cognitive : l’Alzheimer du chien

 

Source : Haake et al., 2024 • Salvin et al., 2010 • Landsberg et al., 2012 • Campbell et al., 2001 • Vikartovska et al., 2020 • Dewey et al., 2019 • Taylor et al., 2023 • González-Martínez & Miró, 2019


Votre chien âgé semble parfois perdu dans sa propre maison? Il reste bloqué devant un meuble, fixe un mur, tourne en rond la nuit, dort toute la journée, vocalise sans raison évidente ou recommence soudain à faire ses besoins à l'intérieur alors qu'il était propre depuis des années?

Beaucoup de propriétaires mettent ces changements sur le compte de l'âge. Pourtant, ce n'est pas toujours une simple conséquence du vieillissement.

Le Syndrome de Dysfonction Cognitive Canine est une maladie neurodégénérative du chien âgé. Elle partage certains mécanismes avec la maladie d'Alzheimer humaine, sans être pour autant strictement identique. Aujourd'hui, cette affection est bien documentée, relativement fréquente et encore largement sous-diagnostiquée.

Plus le diagnostic est posé tôt, plus les possibilités d'accompagnement sont intéressantes.

Ce que la science établit

Le syndrome de dysfonction cognitive canine (SDCC) correspond à une altération progressive des fonctions cérébrales liées au vieillissement.

Les chiens atteints peuvent présenter des modifications de l'orientation, des interactions sociales, du sommeil, de la propreté, de l'activité ou encore du comportement émotionnel. Ces différents aspects sont régulièrement décrits dans les grandes revues vétérinaires consacrées au vieillissement cérébral.

L'un des constats les plus marquants concerne le sous-diagnostic de cette affection.

Dans l'étude de Salvin et collaborateurs publiée en 2010, environ 14 % des chiens âgés présentaient des signes compatibles avec un trouble cognitif, alors que moins de 2 % avaient reçu un diagnostic vétérinaire.

Les travaux plus récents vont dans le même sens : les troubles cognitifs augmentent avec l'âge et passent souvent inaperçus durant les premiers stades.

Les chiffres varient toutefois selon les outils de dépistage utilisés. L'étude de Haake et collaborateurs publiée en 2024 montre notamment que certains questionnaires semblent plus sensibles que d'autres pour détecter les formes légères ou modérées.

Les mécanismes biologiques

Le SDCC est souvent comparé à la maladie d'Alzheimer car plusieurs lésions cérébrales se ressemblent.

Chez certains chiens âgés, on retrouve notamment des dépôts de β-amyloïde, une atteinte progressive des fonctions cognitives et des modifications vasculaires cérébrales liées au vieillissement.

Ces similitudes expliquent pourquoi le chien est parfois utilisé comme modèle d'étude du vieillissement cérébral humain.

Il faut néanmoins rester prudent avec le raccourci « Alzheimer du chien ».

Le cerveau du chien âgé ne reproduit pas exactement la maladie humaine. Certaines lésions majeures observées chez l'Homme, notamment les accumulations de protéine tau, ne se retrouvent pas de la même manière chez le chien.

Le parallèle permet donc de mieux comprendre la maladie, mais il ne faut pas considérer le SDCC comme une copie de l'Alzheimer humain.

Avec l'évolution des lésions, le chien peut progressivement rencontrer des difficultés de mémoire, d'apprentissage, d'orientation ou d'adaptation à son environnement. Ces changements apparaissent souvent lentement, ce qui explique qu'ils soient parfois attribués au vieillissement normal.

Ce que cela signifie en pratique : l'acronyme DISHAA

Les signes cliniques sont souvent regroupés sous l'acronyme DISHAA.

D — Désorientation

Le chien semble perdu dans des lieux familiers, reste coincé derrière des meubles, hésite dans la maison ou fixe des surfaces sans raison apparente.

I — Interactions modifiées

Il répond moins à ses proches, recherche moins les contacts ou, à l'inverse, devient anormalement dépendant.

S — Sommeil perturbé

Le rythme veille-sommeil se modifie : agitation nocturne, vocalisations la nuit ou somnolence durant la journée.

H — Perte de propreté

Des accidents urinaires ou fécaux apparaissent alors que le chien était propre, après exclusion des autres causes médicales.

A — Activité modifiée

L'activité spontanée diminue ou une agitation sans objectif particulier apparaît.

A — Anxiété

Le chien peut devenir plus anxieux, plus inquiet, rechercher davantage la proximité ou vocaliser sans cause identifiable.

Ce qui est souvent mal compris

« C'est normal, il vieillit. »

Le vieillissement n'explique pas à lui seul une désorientation importante, une perte de propreté ou une inversion durable du rythme veille-sommeil.

Ces signes doivent conduire à une consultation plutôt qu'à une banalisation.

 

« Il fait des caprices la nuit. »

L'agitation nocturne fait partie des signes classiques du SDCC.

Elle est généralement liée à une perturbation des rythmes biologiques, à une désorientation ou à une difficulté à gérer l'environnement.

 

« Ça ne sert à rien de traiter un vieux chien. »

Même s'il n'existe pas de traitement curatif, plusieurs approches peuvent améliorer la qualité de vie du chien et de sa famille.

L'objectif n'est pas de faire disparaître la maladie, mais d'en ralentir l'évolution et de préserver le fonctionnement quotidien.

 

« Il n'existe aucun test. »

Il n'existe pas un test unique permettant de poser le diagnostic.

En revanche, plusieurs questionnaires standardisés sont disponibles, notamment le CCDR, le CADES ou le CCAS, et leur utilisation se développe progressivement en médecine vétérinaire gériatrique.

Pour quel chien et à quel stade ?

Le SDCC concerne principalement les chiens âgés.

L'âge reste le principal facteur de risque. Les grandes races, dont le vieillissement biologique est généralement plus rapide, peuvent parfois présenter des signes plus précoces.

On peut distinguer trois grandes étapes.

Stade précoce

Quelques modifications discrètes apparaissent : sommeil légèrement perturbé, petites pertes de repères ou baisse modérée des interactions.

Stade modéré

Plusieurs domaines du DISHAA sont concernés et l'impact sur la vie quotidienne devient visible.

Stade avancé

La désorientation devient importante, les troubles du sommeil s'aggravent, la propreté se dégrade et l'anxiété peut devenir marquée.

L'enjeu principal reste la détection précoce, car c'est à ce stade que les possibilités d'accompagnement sont les plus intéressantes.

 

Quand consulter et quelles options thérapeutiques sont réellement documentées ?

Une consultation est recommandée dès l'apparition des premiers signes du DISHAA chez un chien âgé.

Le diagnostic du SDCC reste un diagnostic d'exclusion. La douleur chronique, certaines maladies hormonales, les troubles métaboliques, les atteintes sensorielles ou certaines maladies neurologiques doivent être recherchés avant de conclure à une atteinte cognitive.

Sélégiline

La sélégiline est actuellement le seul médicament approuvé aux États-Unis pour le traitement du SDCC.

L'étude de Campbell et collaborateurs, menée chez 641 chiens, rapporte une amélioration clinique chez une majorité des animaux traités.

Il faut toutefois rappeler qu'il s'agissait d'une étude ouverte sans groupe contrôle, ce qui limite le niveau de preuve.

 

Alimentation et approches non médicamenteuses

Certaines alimentations enrichies, certains compléments et les modifications de l'environnement montrent des résultats encourageants.

La revue de Taylor et collaborateurs publiée en 2023 souligne notamment l'intérêt des approches combinant enrichissement environnemental et alimentation adaptée, tout en rappelant que les études restent encore très hétérogènes.

 

Exercice et enrichissement cognitif

L'activité physique régulière et les activités cognitives sont souvent recommandées.

Les grandes cohortes récentes observent une association entre des chiens plus actifs et une fréquence plus faible des signes cognitifs. En revanche, ces études ne permettent pas encore d'affirmer qu'un programme d'exercice ralentit directement l'évolution de la maladie.

L'objectif reste avant tout de maintenir les capacités du chien, de préserver ses repères et d'améliorer sa qualité de vie.


Vous observez chez votre chien âgé des changements de sommeil, de propreté, d'orientation ou d'interactions ?

Ne les banalisez pas.

Parlez-en à votre vétérinaire et n'hésitez pas à partager votre expérience avec nous.

contact@canithermo.com


Sources 

  1. Haake J et al. Comparing standard screening questionnaires of canine behavior for assessment of cognitive dysfunction. 2024.
  2. Salvin HE et al. Under diagnosis of canine cognitive dysfunction: a cross-sectional survey of older companion dogs. 2010.
  3. Landsberg G et al. Cognitive dysfunction syndrome: a disease of canine and feline brain aging. 2012.
  4. Campbell S et al. A noncomparative open-label study evaluating the effect of selegiline hydrochloride in a clinical setting. 2001.
  5. Vikartovska Z et al. Novel diagnostic tools for identifying cognitive impairment in dogs: behavior, biomarkers, and pathology. 2020.
  6. Dewey CW et al. Canine cognitive dysfunction: pathophysiology, diagnosis, and treatment. 2019.
  7. Taylor TL et al. Non-pharmacological interventions for the treatment of canine cognitive dysfunction: a scoping review. 2023.
  8. González-Martínez A, Miró J. Canine Cognitive Dysfunction and Alzheimer's Disease—Two Facets of the Same Disease? 2019.



 

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