Le sommeil du chien : durée, cycles et pathologies
Sources : Bódizs et al., 2020 • Woods et al., 2020 • Lucas et al., 1977 • Niinikoski et al., 2024 • Niinikoski et al., 2023 • Lin et al., 1999 • Bunford et al., 2018 • Mondino et al., 2023 |
Votre chien dort probablement beaucoup plus que vous. Il s’endort sur le canapé, somnole par petites séquences, se réveille, change de place, repart dormir, puis recommence plus tard.
La nuit, il peut ronfler, tressaillir, bouger les pattes, remuer les babines ou émettre de petits sons. Dans la majorité des cas, ces comportements sont normaux. Ils font partie du sommeil du chien.
Mais le sommeil mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il donne aussi des informations sur le confort, la récupération, l’état respiratoire, l’âge, la douleur, le niveau de stress ou certaines pathologies.
Le chien ne dort pas comme un humain “en plus longtemps”. Son sommeil est plus fragmenté, réparti sur plusieurs moments de la journée et influencé par son environnement, son âge, son activité et son état de santé.
Ce que montrent les études
Le chien présente une vraie architecture du sommeil, avec des phases comparables à celles décrites chez l’humain : somnolence, sommeil lent non paradoxal et sommeil paradoxal.
Son sommeil reste toutefois organisé différemment. Il est polyphasique, c’est-à-dire réparti en plusieurs épisodes sur 24 heures, au lieu d’être concentré principalement sur une longue période nocturne.
Une étude historique menée sur 24 heures chez six Pointer a décrit des épisodes de sommeil d’environ 45 minutes, des épisodes de veille d’environ 38 minutes, des épisodes de sommeil paradoxal d’environ 6 minutes et un cycle veille-sommeil moyen d’environ 83 minutes.
Ces chiffres ne doivent pas être utilisés comme des normes universelles. L’étude portait sur un petit nombre de chiens, d’une même race, dans des conditions précises. Elle reste surtout intéressante pour comprendre le caractère fragmenté du sommeil canin.
Des travaux plus récents, menés chez des chiens de compagnie adultes suivis par actigraphie pendant 14 jours, confirment que les rythmes veille-sommeil varient selon plusieurs facteurs : âge, sexe, poids, activité et mode de vie.
Autrement dit, il n’existe pas un seul “bon” sommeil valable pour tous les chiens. Il faut toujours tenir compte du chien lui-même, de ses habitudes et de l’évolution de son comportement.
Les mécanismes biologiques
Architecture du sommeil
Le sommeil du chien comprend plusieurs états.
La somnolence correspond à une phase de transition. Le chien semble dormir, mais il reste relativement réactif aux bruits, aux mouvements ou à ce qui se passe autour de lui.
Le sommeil lent non paradoxal correspond à un sommeil plus stable. Il participe à la récupération physique et à la régulation générale de l’organisme.
Le sommeil paradoxal est une phase particulière, associée à une activité cérébrale plus intense, à des mouvements oculaires rapides et à une diminution du tonus musculaire. C’est souvent pendant cette phase que l’on observe des tressaillements, des petits mouvements des pattes, des mouvements de mâchoire ou de brèves vocalisations.
Ces manifestations peuvent impressionner, mais elles sont très souvent normales lorsqu’elles restent brèves, ponctuelles et que le chien se réveille normalement ensuite.
Influence de l’activité et du lieu
Le sommeil du chien n’est pas figé.
Après une journée plus active, les chiens peuvent s’endormir plus tôt et passer davantage de temps dans des phases de sommeil plus profond. À l’inverse, un environnement inhabituel, bruyant ou stressant peut modifier la structure du sommeil.
Le lieu compte aussi. Un chien ne dort pas forcément de la même manière chez lui, dans un lieu inconnu, en pension, en déplacement ou dans un contexte où il se sent moins en sécurité.
Durée normale selon l’âge
Un chien adulte dort généralement beaucoup sur 24 heures, mais la durée exacte varie fortement.
Les chiots dorment davantage, ce qui accompagne leur croissance et leur développement neurologique.
Les chiens âgés peuvent aussi dormir plus longtemps, mais leur sommeil devient parfois plus fragmenté. Chez certains seniors, une agitation nocturne, des réveils fréquents ou une inversion du rythme veille-sommeil peuvent accompagner un vieillissement cognitif.
Ce n’est donc pas uniquement la quantité de sommeil qui compte. Le changement par rapport à l’habitude du chien est souvent plus important que le nombre d’heures lui-même.
Ce que ça change au quotidien
Un chien qui bouge un peu pendant son sommeil n’est pas forcément en train de faire une crise.
Les petits tressaillements, mouvements de pattes, mouvements de mâchoire ou sons brefs sont compatibles avec le sommeil paradoxal. Ils ne doivent pas être confondus automatiquement avec un trouble neurologique.
En revanche, un épisode long, violent, répétitif, accompagné d’une perte de contrôle, d’une désorientation prolongée, d’une salivation importante ou d’un comportement anormal au réveil doit être pris au sérieux.
Il vaut aussi mieux éviter de réveiller brutalement un chien profondément endormi. Un chien surpris dans son sommeil peut se défendre par réflexe, surtout s’il est âgé, douloureux, anxieux ou malentendant.
Un chien qui dort beaucoup n’est pas forcément malade. Ce qui doit attirer l’attention, c’est surtout le changement :
- un chien qui dort soudain beaucoup plus qu’avant ;
- un chien qui semble épuisé en journée ;
- un chien qui ne récupère plus normalement ;
- un chien dont le sommeil devient très agité ;
- un chien qui ronfle fortement alors que ce n’était pas le cas ;
- un chien qui présente des pauses respiratoires ;
- un chien âgé qui se réveille, erre ou semble perdu la nuit.
Les principales pathologies à connaître
Troubles respiratoires du sommeil chez les brachycéphales
Les chiens brachycéphales sont particulièrement concernés par les troubles respiratoires du sommeil.
Cela concerne notamment les Bouledogues français, Bouledogues anglais, Carlins, Shih Tzu, Boxers et plus largement les chiens présentant un syndrome obstructif des voies respiratoires brachycéphales, aussi appelé BOAS.
Les études récentes montrent que la brachycéphalie, la sévérité du BOAS et le surpoids augmentent le risque de troubles respiratoires obstructifs pendant le sommeil.
En pratique, cela peut se traduire par :
- des ronflements importants ;
- un sommeil agité ;
- des réveils fréquents ;
- des pauses respiratoires ;
- une respiration bruyante ;
- une tendance à dormir avec la tête surélevée ;
- des positions inhabituelles pour mieux respirer.
Chez ces chiens, le ronflement ne doit pas être automatiquement considéré comme “normal pour la race”. Un ronflement marqué peut être le signe d’un inconfort respiratoire réel.
Narcolepsie-cataplexie
La narcolepsie canine est rare, mais bien décrite.
Certaines formes familiales ont été étudiées chez le Doberman, le Labrador Retriever et le Teckel. En 1999, une étude majeure a montré qu’une mutation du gène du récepteur 2 à l’hypocrétine/orexine était impliquée dans la narcolepsie canine familiale.
La cataplexie correspond à une chute brutale du tonus musculaire, souvent déclenchée par une émotion positive : excitation, jeu, nourriture, anticipation d’une récompense.
Le chien peut alors s’effondrer ou perdre brutalement sa posture, tout en donnant l’impression de rester conscient ou partiellement conscient. Pour un propriétaire, ce tableau peut être confondu avec une crise d’épilepsie, alors que le mécanisme est différent.
Ce type d’épisode justifie toujours un avis vétérinaire.
Sommeil du chien âgé et troubles cognitifs
Chez le chien senior, le sommeil peut changer avec l’âge.
Un chien âgé peut dormir davantage, récupérer plus lentement ou avoir un sommeil plus fragmenté. Cela peut rester compatible avec le vieillissement normal.
Mais certains signes doivent faire évoquer une dysfonction cognitive ou un autre problème médical :
- réveils nocturnes répétés ;
- déambulation la nuit ;
- chien qui semble perdu ;
- inversion jour/nuit ;
- vocalisations nocturnes ;
- agitation inhabituelle ;
- sommeil très fragmenté ;
- baisse des interactions ou désorientation.
Ces signes ne veulent pas dire automatiquement que le chien présente une dysfonction cognitive. Ils indiquent surtout qu’un bilan vétérinaire est nécessaire pour chercher la cause : douleur, maladie métabolique, trouble neurologique, anxiété, effet médicamenteux ou vieillissement cognitif.
Autres causes de sommeil anormal
Un sommeil qui change brutalement peut aussi être lié à :
- une douleur chronique ;
- une maladie hormonale ou métabolique ;
- un trouble respiratoire ;
- une maladie cardiaque ;
- un effet secondaire médicamenteux ;
- un stress prolongé ;
- une perte sensorielle chez le chien âgé ;
- une baisse d’activité ou d’enrichissement.
Le sommeil est rarement un signe isolé. Il doit être lu avec le reste du comportement du chien.
Pour quel chien, à quel stade
Les races brachycéphales doivent faire l’objet d’une vigilance particulière : Bouledogue français, Bouledogue anglais, Carlin, Boxer, Shih Tzu et chiens présentant une respiration bruyante ou un BOAS suspecté.
Chez eux, les ronflements importants, les pauses respiratoires et l’agitation nocturne ne doivent pas être banalisés.
Les chiens en surpoids sont également plus exposés aux troubles respiratoires du sommeil, surtout lorsqu’ils sont déjà brachycéphales.
Les chiens de lignées à risque de narcolepsie familiale, notamment Doberman, Labrador Retriever et Teckel, méritent une attention particulière en cas d’épisodes de chute déclenchés par l’émotion.
Les chiens seniors constituent un autre profil important.
Avec l’âge, le sommeil peut se modifier, devenir plus fragmenté et parfois s’associer à des troubles cognitifs ou à d’autres maladies.
Les chiens douloureux, arthrosiques ou atteints de maladies chroniques peuvent aussi présenter un sommeil de moins bonne qualité, avec des réveils fréquents, des changements de position ou une récupération moins efficace.
Quand consulter
Un avis vétérinaire est recommandé si l’on observe :
- des ronflements très marqués ;
- des pauses respiratoires pendant le sommeil ;
- un sommeil chroniquement agité, surtout chez un brachycéphale ;
- des réveils nocturnes répétés ;
- une somnolence diurne excessive chez un chien auparavant alerte ;
- une augmentation récente et inexpliquée du temps de sommeil ;
- une inversion du rythme jour/nuit ;
- des chutes brutales avec perte du tonus ;
- des épisodes qui ressemblent à une crise ;
- un chien âgé qui semble perdu ou agité la nuit.
L’objectif n’est pas de s’inquiéter pour chaque tressaillement ou chaque petit bruit pendant le sommeil. L’objectif est de repérer les changements, les signes respiratoires et les épisodes neurologiques possibles, parce qu’ils peuvent révéler un problème réel chez le chien.
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Vous observez quelque chose d’inhabituel dans le sommeil de votre chien : ronflements marqués, agitation nocturne, pauses respiratoires, chutes ou changement brutal de rythme ? Vous pouvez nous écrire et décrire la situation. Notre équipe lit chaque message. |
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Sources
- Bódizs R, Kis A, Gácsi M, Topál J. Sleep in the dog: comparative, behavioral and translational relevance. Current Opinion in Behavioral Sciences. 2020;33:25-33.
- Woods HJ, Li MF, Patel UA, Lascelles BDX, Samson DR, Gruen ME. A functional linear modeling approach to sleep-wake cycles in dogs. Scientific Reports. 2020;10:22233.
- Lucas EA, Powell EW, Murphree OD. Baseline sleep-wake patterns in the Pointer dog. Physiology & Behavior. 1977;19(2):285-291.
- Niinikoski I, Himanen SL, Niskanen S, et al. Evaluation of risk factors for sleep-disordered breathing in dogs. Journal of Veterinary Internal Medicine. 2024;38(2):837-846.
- Niinikoski I, Himanen SL, Niskanen S, et al. Description of a novel method for detection of sleep-disordered breathing in brachycephalic dogs. Frontiers in Veterinary Science. 2023.
- Lin L, Faraco J, Li R, Kadotani H, Rogers W, Lin X, Qiu X, de Jong PJ, Nishino S, Mignot E. The sleep disorder canine narcolepsy is caused by a mutation in the hypocretin receptor 2 gene. Cell. 1999;98(3):365-376.
- Bunford N, Reicher V, Kis A, Pogány Á, Gombos F, Bódizs R, Gácsi M. Differences in pre-sleep activity and sleep location are associated with variability in daytime/nighttime sleep electrophysiology in the domestic dog. Scientific Reports. 2018;8:7109.
- Mondino A, Delucchi L, Moeser A, et al. Sleep and cognition in aging dogs. A polysomnographic study. Frontiers in Veterinary Science. 2023.
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Résumé sources crochets
Meta title : Sommeil du chien : durée, cycles et troubles à connaître
Meta description : Le chien dort différemment de nous : sommeil polyphasique, cycles courts, sommeil paradoxal, troubles respiratoires des brachycéphales, narcolepsie et sommeil du chien âgé.
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Mot-clé principal : sommeil du chien
Mots-clés secondaires : cycles sommeil chien, chien dort beaucoup, troubles sommeil chien, apnée chien brachycéphale, narcolepsie chien, chien âgé sommeil, ronflement chien
Extrait de blog : Le chien ne dort pas comme nous. Son sommeil est plus fragmenté, réparti sur plusieurs périodes et influencé par son âge, son activité, son environnement et son état de santé. Certains changements, surtout respiratoires, neurologiques ou liés au vieillissement, méritent d’être repérés tôt.
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